SCÈNE XII CAMILLA, ORFINIO
CAMILLA, brusquement.
Orfinio, d'abord, donnez moi votre main : Ne vous étonnez pas, je vais vite en chemin ! Mais vous êtes le fils de mon amie, et dame ? Peut-être un peu le mien. Voulez-vous ?
ORFINIO
Oui, madame.
(Il la conduit à la table de droite et la fait asseoir devant lui. j Parlez-moi de ma mère.
CAMILLA
Oui, je viens pour cela.
Cependant, votre père a dû, comme Angela...
ORFINIO
Ils n'en parlent jamais, et malgré mon envie...
CAMILLA, vivement.
On ne peut pas parler des morts toute la vie !
ORFINIO
Il est bon d'en parler quelquefois, cependant, Ce silence obstiné m'étonne. — En attendant,
Vous qui veniez ici prête à me parler d'elle, Vous n'imiterez pas leur réserve cruelle. Vous l'aviez bien connue?
CAMILLA
Oui, certes, et je l'aimais.
ORFINIO
Beaucoup?
CAMILLA
Comme moi-même.
ORFIMO
Elle était belle ?
CAMILLA
Mais...
Quand on la disait belle on n'étonnait personne !
ORFIMO
Et sans doute elle était bonne aussi ?
CAMILLA
Mais... très bonne.
ORFINIO
Son mariage, alors, vous en fûtes témoin?
CAMILLA
Non, en ce moment-là je voyageais... très loin! C'est à Naples que l'on m'apprit votre naissance, — Pourquoi ces questions?
C'est qu'un jour, à Vicence, Des sergents capulets racontaient bruyamment La honte d'une mère... Et comme en ce moment J'entrais, chacun se tut! Ma mère!... Dois-je croire Qu'ils parlaient d'elle?
CAMILLA
Oh ! non, je connais son histoire.
Il ne faut plus songer à tout cela.