‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 285 sur 387 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ORFINIO

C'est bien :

Ma fierté n'a donc pas à rougir d'elle?

CAMILLA

En rien !...

Votre orgueil eût souffert, apprenant le contraire?

ORFINIO

Cruellement.

CAMILLA, à part.

Hélas ! Il faut encor me taire 1

(Haut.) — Mais sur d'autres sujets, je me l'étais promis, Causons comme une mère avec son jeune fils.

ORFINIO

Oui! oui!

CAMILLA

J'ai ma manie et m'en blâme moi-même : Faire des questions sans fin à ceux que j'aime. Me répondrez-vous?

ORFINIO, avec un peu d'hésitation.

Mais...

CAMILLA

Vous avez cependant L'air d'un jeune héros qui cherche un confident!

ORFINIO

Peut-être, j'en conviens.

CAMILLA

En ce cas je commence Par une question... un peu brusque, je pense : Etes-vous très heureux ici ?

ORFINIO

Certainement.

41G LE FILS DE l'aRÉTIN

CAMILLA

Vous n'en sortez jamais?

ORFIMO

Non, jusqu'à ce moment.

CAMILLA

Vous ne désirez rien, alors?

ORF1NIO

Oh! si, madame!

Mais avant d'avouer ces choses...

Qui vous blâme ?

Chacun rêve et se forge un bonheur à son gré.

ORFIMO

Le bonheur ! Eh ! bien, oui, oui, je vous l'avouerai,

Il me prend quelquefois la mauvaise folie

De fuir, de m'échapper par la grande Italie

Et de chercher au loin ce qu'on rêve tout bas :

Les plaisirs, les amours, que je ne connais pas.

Le luxe, les palais pleins d'ardentes orgies,

Les salles du festin parfois de sang rougies

Et, parmi les parfums, les fleurs, les myrthes verts,

La courtisane aux yeux éclatants et pervers!

CAMILLA, à part.

Hélas!

ORFIMO

Puis, je voudrais égaler dans leur gloire Ces fiers aventuriers dont on m'a dit l'histoire ; Orsini, Colonna, Jean Oliveretto Qui se fît prince un jour par le droit du couteau Et tua son tuteur pour lui voler sa ville. Tous ceux qui, rayonnants sur la plèbe servile, Formidables, joyeux, sans pitié, sans remord, En oubliant le ciel, en méprisant la mort,

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