ACTE DEUXIÈME
CAMILLA
De qui donc parlez-vous?
ORFINIO
D'Angela
CAMILLA, très vivement.
Mais... sans doute, Vous n'avez pas rêvé de l'épouser? Ecoute: Le bandeau de la veuve est à son front !
ORFINIO
Eh bien...
CAMILLA
Qu'espérez-vous alors ?
ORFINIO
Eh ! le sais-je ? Rien.
Rien?
ORFINIO
Eh bien, non, non, je mens ! Quand nous sommes ensemble Elle et moi, le respect me domine, et je tremble Mais quelquefois aussi, de mes terreurs confus, Je voudrais la saisir dans mes bras éperdus, Etre l'amant vainqueur, et domptant sa colère...
CAMILLA, se levant d'un bond.
Tais-toi donc ! tais-toi donc ! Elle est plus que ta mère ! Cette femme, adoptant tes malheurs, songes-y, Ne t'a pas enfanté, mais elle t'a choisi ! Elle est belle, elle est jeune encor, mais c'est la seule Que tu ne peux aimer : pour toi, c'est une aïeule ! Je ne suis pas sévère et prude — j'ai vu tant De choses ! — Mais ceci, crois-moi, c'est révoltant ! Elle te chasserait, je le sais et j'y compte, Tu lui ferais horreur et tu lui ferais honte ! Lui faire un tel aveu? Tu ne l'oserais point ! — Mais ta folie à toi n'irait pas à ce point !
ORFIN10, retombant assis, avec des larmes. Non, non.
CAMILLA
Tu vois donc bien I Ton cœur est plus honnête ; Comme un faiseur de vers tu t'es monté la tête ! Rien de plus.
ORFINIO
C'est possible, et je crois que vraiment Le rêve et le silence aigrissaient mon tourment. Deux hommes sont en moi dont l'un fait peur à l'autre ! Mais mon cœur, je le sens, aime à céder au vôtre: Chassez l'homme mauvais par moi-même maudit, Sauvez-moi !
Oui ! — Laissons la morale trop rude Et les graves discours où j'ai peu l'habitude — Jeune homme, il faut aimer la jeunesse ! A vingt ans On admire l'automne, on aime le printemps, Le printemps qui conseille à toute créature, L'amour vrai, grand, pareil à la grande nature I
— Va, pour tout homme il n'est qu'un bonheur, sois-en sûr, C'est d'aimer une vierge au front calme, à l'œil pur,
Qui bientôt, femme heureuse, à votre âme charmée Semble plus chaste encore en étant plus aimée ! — Crois-moi bien ! Ce n'est pas seulement le bonheur, Mon enfant, c'est pour toi le devoir et l'honneur, Ce sont là de grands mots, je sais, qui font sourire, Mais il est bon de les entendre... et de les dire !
ORFINIO, qui a écouté avec une attention émue.
Oui, je comprends. Je vois le devoir tel qu'il est, Un calme en moi descend, qui m'étonne et me plaît ! J'étais fou ! Mais voilà ma raison rajeunie, Libre, fière, et c'est grâce à vous ; soyez bénie !
— C'est assez aujourd'hui. Mais revenez demain, Et vous serez, je crois, contente. — Votre main !