‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 286 sur 387 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Sous le manteau royal ou la pourpre romaine, Ont laissé dans leur sein hennir la bête humaine ! — Et peut être en effet le vrai bonheur est là!

(Il se lève et s'éloigne un peu.)

CAMILLA, à part.

Le sang de l'Arétin ! le sang de Camilla !

(Haut, en s'efforçant de rire.) Enfant ! Vous vous trompez : les héros d'aventures Sont des fruits réservés aux potences futures ! Quant à la courtisane, à ce que Ton prétend, C'est fruit pire encor I Laissons cela pourtant. Je crois que vous avez dans l'esprit autre chose Qui m'inquiète un peu.

CRF1NIO

Vous croyez?

CAMILLA

Je suppose !

Quelque amour malheureux?

ORFIMO

Qui vous le dit ?

CAMILLA

Pardieu !

Cette ride précoce au coin de cet œil bleu. Voyons, le grand tourment, c'est l'amour, à votre âge.

ORFIMO

L'amour! l'amour!

CAMILLA

Allons... Dites-moi tout! Courage !

Est-ce une jeune fille? Oui, cette belle enfant 1 Que là je viens de voir? On voit moins bien... souvent ! Vous la refuse-t-on?

ORFIMO

Ah ! Madame, au contraire :

On veut nous marier !

418 LE FILS DE l'aRÉTIN

CAMILLA

On ne saurait mieux faire.

Elle est charmante avec ses roses dans les bras 1 Une aurore ! Un printemps !

ORFINIO

Mais je ne l'aime pas:

Mon cœur n'est pas ému, qu'elle sorte ou qu'elle entre ; Et d'ailleurs...

CAMILLA

Qu'est-ce encore?

ORFINIO

Elle est trop jeune.

CAMILLA, à part.

Ah ! diantre l

(Haut, en riant de parti pris.)

Elle a seize ans déjà ! Que vous faut-il de plus ?

ORFINIO

Ce qu'il me faut ! — Longtemps mes rêves superflus, Les ardeurs, les frissons qui passaient dans mon âme, L'ont cherché... je le sais maintenant: une femme, Une femme à l'attrait grave et mystérieux, Le pouvoir souverain dans le calme des yeux, Un front toujours pensif dont l'éclat nous étonne, Le sourire royal des beaux soleils d'automne, Une femme cachant, comme un dernier trésor, Qui sait? l'espoir d'aimer et d'être aimée encor, Cette femme, je l'ai trouvée enfin ! Je l'aime, Mais ce fut, c'est encor ma torture suprême De le cacher à tous les yeux, surtout aux siens ! Ah! maudit soit le jour... C'était, je me souviens, Là : les vagues montaient vers elle, sous son voile Brillaient ses yeux profonds comme une double étoile, Le vent du soir jouait dans sa robe aux plis droits, Je la suivis, tremblant, pâle, éperdu, sans voix...

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