ACTE DEUXIÈME
ZANI
Ce qu'il convient qu'aux filles on apprenne
FRANCO, lisant de son côté.
Comment un écolier séduisit sa marraine. Très utile !
ZANI
Combien nous le vends-tu ?
GUISEPPE
Combien ?
FRANCO
Oh ! pour vous, cent ducats.
ORFINIO, sortant de la tonnelle.
Et pour moi ?
FRANCO
Pour vous, rien.
Rien ! Pourquoi donc, Franco ?
FRANCO, feignant la noblesse.
Parce que votre père M'a chassé ! Mais j'excuse un moment de colère Et je suis sans rancune au fond ! Voilà pourquoi Je tiens à lui laisser ce souvenir de moi, Offrez-lui donc ce livre, et son indigne apôtre Fera des vœux pour son bonheur et pour le vôtre !
ZANI, criant.
Et nous autres ? Comment ! On nous offre un bijou Que nous nous préparions à payer un prix fou, Puis on nous le reprend sans façon !
GUISEPPE, criant plus fort.
Je proteste I
FRANCO
Je vous en trouverai de pareils.
424 LE FILS DE l'aRÉTIN
ZANI
Malepeste, Non ! Tu ne tiens jamais parole aux braves gens.
GUISEPPE
Injustice partout, même chez les marchands !
ORFIISIO
Allons, messieurs, assez !
ZANI
Pourtant...
Pas de réplique!
ZANI
Tu seras donc toujours d'un humeur diabolique ? Ce n'est ni d'un ami ni d'un bon compagnon.
GUISEPPE
Tu nous le prêteras au moins, ce livre ?
ORFINIO
Non !
GUISEPPE
Mais je ne comprends pas que cela te déplaise. ZANI, à Guiseppe.
Viens ! Il veut rester seul pour le lire à son aise !
(Ils s'éloignent avec Franco l
ORFINIO, seul.
Mon père?... On m'avait bien dit, un jour, vaguement, Qu'il écrivit jadis... Mais je pensais : on ment ! Non, je ne lirai pas ! Non, je ne veux pas lire !
(Regardant le livre.) C'est étrange ! On dirait qu'il me parle et m'attire !
(Ouvrant le livre.) Imprimé dans Venise, en l'an quinze cent dix... Oui, la date est bien là : l'année où je naquis !...