‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 295 sur 387 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

ARETIN

C'est certain?

ANGELA

Trop certain!

Ici même il me Fa déclaré ce matin; Ce n'est pas seulement son refus qui me blesse : Cet enfant que j'aimais, peut-être avec faiblesse, Ne se ressemble plus à lui-même aujourd'hui ; Il a dit : Non ! d'abord avec un vague ennui, Puis avec je ne sais quelle ironie étrange, Et j'ai senti les pleurs me gagner. Comme il change ! Depuis hier, surtout !

Calmez-vous, Angela ; Rien n'est désespéré sans doute. Je suis là! Ma ferme volonté va se faire connaître ; Vous n'avez pas été sévère. Je vais l'être.

ANGELA

Non! Ne lui montrez pas trop de sévérité! Contre moi-même, hier, il s'est presque irrité, Maintenant pour un rien son orgueil s'effarouche ; Il se peut qu'aujourd'hui l'indulgence le touche; A son âge le cœur, prompt à se démentir, Le matin cède au mal, le soir au repentir, Surtout si, pour chasser le démon qui le pousse, La voix grave du père est aussi la voix douce !

ARÉTIN

Je vous obéirai; je défendrai mon fils

Contre lui-même ; il faut que ce soit, à tout prix,

Pour moi comme pour lui — car cette heure est mauvaise,

Je le sens : une crainte obscure sur moi pèse,

Et je veux la chasser en faisant, je le dois,

Plus de bien que je n'ai fait de mal autrefois !

ANGELA

D'où peut donc vous venir une telle tristesse? A vous qui me disiez ici même, sans cesse : « Le repentir, c'est doux, et c'est gai! »

ARÉTIN

L'autre jour 1 Mais depuis la gaîté s'est enfuie à son tour.

Pourquoi donc ?

ARÉTIN

Ah ! mon Dieu ! c'est difficile à dire, Je crains même qu'au fond cela ne prête à rire.

ANGELA

Oh! je ne ris jamais des tristesses d'autrui !

ARÉTIN

Eh bien... un livre dont je rougis aujourd'hui, Un de ceux que je fais de partout disparaître, Voilà deux jours me fut volé. — Le nom du traître, Du voleur, c'est Franco. — Depuis lors, je revois Dans ma pensée, hélas ! mes livres d'autrefois ; Tout le mal qu'ils ont fait, je le vois bien en face, C'est la tache de fiel que jamais rien n'efface ! Oui, peut-être, dans l'ombre, en ce moment, là-bas, Un jeune homme, un enfant que je ne connais pas, Pour ce sombre plaisir trouvant les heures brèves, Sur mes œuvres penché, plonge au gouffre des rêves; Bientôt peut-être, au vice, à la honte endurci, Qui l'aura perdu ? Moi : je suis son père aussi !

ANGELA

Ami, j'aime à vous voir pour vous-même sévère, Et qui s'accuse ainsi, méritait de mieux faire. Gomment n'en fut-il pas ainsi toujours ? Comment Avez-vous écrit, vous...

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