‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 298 sur 387 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

ORFINIO, continuant la phrase comme une leçon connue.

Qui séparent souvent Ceux qui s'aiment le mieux I

ARÉTIN, avec affection.

Tu l'as dit, mon enfant ; Mais je veux de mes jours faire un meilleur partage, Forçant ainsi mon fils à m'aimer davantage.

ORFINIO, avec un vague sourire.

Tant mieux, si c'est possible !

ARÉTIN

Oh ! oh ! comme on est gai !

Tu n'as plus ton œil triste et ton front fatigué.

ORFINIO

Oui-dcà !

ARÉTIN

L'instant est donc bien choisi, je suppose, Pour parler en amis d'une très grave chose.

ORFINIO, prenant un air naïf.

De la guerre, sans doute ; on prétend, en effet, Que nous l'aurons avec les Turcs, et c'est bien fait. Le Sénat de Venise a raison de défendre Chypre contre les Turcs ; ils pourront nous la prendre, Mais ce sera vraiment sous un prétexte vain, Puisque ces dignes Turcs ne boivent pas de vin !

ARÉTIN

En attendant le jour de les mettre en déroute, Parlons... Tu sais bien?

ORFINIO

Non ! Je ferais fausse route.

ARÉTIN

De Stellina. Tu sais que ta marraine et moi

Nous tenons, et beaucoup, à ce projet. Pourquoi Dis-tu non?

434 LE FILS DE l'aRÉTiN

ORFINIO

Per bacco ! La question est brusque ; Pour y répondre donc, mieux vaut attendre jusque..

ARÉTIN

Jusqu'à demain ?

ORFINIO, légèrement.

Plus tard encor. J'ai réfléchi, Et je sais ce qu'on trouve après ce pas franchi.

ARÉTIN, s'animant un peu.

Ce n'est là qu'un prétexte, une raison frivole Ta marraine a donné comme moi sa parole ; Et, pour le dire net, tu nous offenserais...

ORFLMO

Au contraire ! Je vous épargne des regrets ; Le mariage exige un grand fond de sagesse, De vertu, dont le ciel ne m'a pas fait largesse.

ARÉTIN

Tu te trompes.

ORF1NIO

Oh I non. Vous me connaissez mal ; Mon front n'a rien gardé du chrême baptismal ; Je vois que je rendrais Stellina malheureuse ; Par ma faute, un abîme entre elle et moi se creuse ; Je sens d'autres instincts se réveiller en moi, Aux forces de mon cœur il faut un autre emploi : Marié ? Mieux vaudrait, rival de saint Antoine, Tailler du buis en croix dans un jardin de moine ! Je serais vertueux? Mais je deviendrais foui C'est un sang violent qui me gonfle le cou ; Loin de moi désormais, tendresses ingénues 1 J'ai soif des voluptés que je n'ai pas connues ! Croyez-moi donc, chacun se trompe, mais j'en ris Quand on m'offre une place au festin des maris,

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