‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 301 sur 387 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

ORFINIO

Mon orgueil souffre seul ! Mais voici

Qui le consolera...

(Ouvrant le livre.)

Tenez! à cette page Commence un excellent chapitre : L'avantage D'être bâtard. C'est juste et très bon à savoir : Ni parents, ni pays, sans droits pas de devoir, Et, pour le plus grand crime ou la moindre vétdle, Pas de comptes à rendre aux portraits de famille 1

ARÉT1N

J'espère, Orfinio, que ce n'est là qu'un jeu, Et tu ne feras rien...

ORFINIO

Vous verrez avant peu 1 Jusqu'ici j'éprouvais quelque scrupule encore ; Ce que je pourrai faire à présent, je l'ignore I Adieu. Mais reprenez et gardez avec soin Ce livre... Quant à moi. je n'en ai plus besoin ; Je sais par cœur ces mots qui terminent vos Songes : « Famille... amour... patrie... autant de gais mensonges. » Vos sentiments d'alors, aujourd'hui sont les miens; C'est ma part d'héritage! elle est bonne, et j'y tiens.

ARÉTIN

Assez ! J'aurais compris ta douleur et tes larmes ; Et contre elles ton père aurait été sans armes; Mais, malheur ou bonheur, tout le rend plus mauvais, Et je ne peux plus rien... aujourd'hui! Je m'en vais. Tu ne comprendrais pas ce qu'il me reste à dire : Je me suis condamné, j'ai subi le martyre Le plus cruel qu'un père ait jamais enduré ; Tu m'as vu, devant toi, tremblant, brisé, navré, C'est justice! Je fus, il faut le reconnaître, Mauvais père longtemps... Mais je ne veux plus l'être! Puisque je ne suis pas mort de honte à tes yeux, C'est que j'ai mieux àfaire l — Et tu comprendras mieux

Quelque jour. — Jusque-là, dans la tristesse immense De l'expiation qui maintenant commence, Je veillerai sur toi, quoi qu'il puisse arriver, A genoux pour pleurer, debout pour te sauver ! Je ne trahirai pas ce devoir comme l'autre ; Quelle que soit la fange où ton espoir se vautre, De ces mains que voilà je t'en arracherai ; L'orgueil du mal te tient et te mène à son gré ; Eh bien, écoute-moi — moi, l'Arétin ! ton père ! — L'homme ne fait jamais tout le mal qu'il espère ! Si vil que soit son rêve et hideux son désir ; Sa main est rarement de force à le saisir ; Moi qui trouvai longtemps toute infamie aisée, Un jour vint où ma force horrible fut brisée ; Es-tu plus fort que moi ? Pauvre enfant perverti, Si ton orgueil le croit, ton orgueil a menti ! Le vice peut rêver de dominer le monde, Mais en avortements son audace est féconde ! — Ainsi naquit la tienne, ainsi tu la perdras.

ORFINIO

Moi ? Jamais !

ARÉT1N"

Toi ! Bientôt.

ORFINIO

Nous verrons !

Tu verras !

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