ACTE TROISIÈME
ORFINIO, comme frappé d'une idée.
Oui, le père ! En effet I Permettez toutefois Une autre question.
ARÉTIN
Je le permets.
ORFINIO
Je crois, Vous surtout, vous croyez, sans peur d'être morose, Qu'un père doit l'exemple au fils en toute chose ; Eh bien, en écrivant ces livres si maudits, Vous ne songiez donc pas que vous aviez un fils ?
(Avec plus d'insistance.) J'étais né cependant !
ARÉTIN
Il est vrai, mais en somme, On ne voit que l'enfant, on ne prévoit pas l'homme !
ORFINIO, avec une curiosité plus intense.
Je comprends. Mais quelqu'un par tendresse ou devoir, Auprès de vous, mon père, aurait pu le prévoir.
ARÉTIN
Personne.
Ah!
ORFINIO
ARETIN
Ce fut là ma misère profonde.
Né du hasard, allant au hasard par le monde. Dédaigné quand j'aimais, dans mon cruel ennui, Je profanais l'amour pour me venger de lui, Et j'ai toujours vécu l'âme triste, jalouse, Sans conseils, sans amis, sans foyer, sans épouse ; Autour de moi le vice imbécile ou hautain, Des femmes sans honneur...
ORFINIO, d'une voix presque terrible.
Et ma mère, Arétin ?
(Arétin baisse la tête sans répondre. Après un long silence.) Du moins, dites-moi tout ! — Ma mère est-elle morte?
ARÉTIN
Non.
ORFINIO
Maintenant, son nom?
ARÉTIN
Mon fils...
Son nom ?
ARÉTIN
Qu'importe !...
(Un silence.) ORFINIO
Avouez-le, voyons !... Quelque fille ?... Je sais
Tout ce que je voulais savoir, et c'est assez !
Ainsi l'on m'a trompé? Touchante bonté d'âme!
Tout le monde ! Toujours 1 Même, hier, cette femme
Dont j'ignore le nom et qui m'a raconté
Je ne sais quel roman ! Voici la vérité.
— Tenez, depuis longtemps je pressentais la chose ;
Pourquoi m'avoir trompé ? L'on pensait, je suppose,
Qu'en apprenant cela je rougirais? Pourquoi?
Après tout, cette honte est mon excuse à moi,
Tant mieux ! Pour m'avoir fait l'âme à ce point amère,
C'était trop peu du père... il y fallait la mère !
Tant mieux donc ! — Grâce à toi, ma mère, m'entends-tu ?
J'ai le droit désormais de haïr la vertu !
ARÉTIN
C'est pour moi seul, mon fils, qu'il faut être implacable; Sois-le donc, j'y consens ; tout mon passé m'accable ; Je sais ce que ton cœur — le mien souffrit ainsi — Doit souffrir.