SCENE PREMIÈRE
Foule qui attend au fond. ZANI, GUISEPPE, FRANCO, VENIERI.
GUISEPPE, écoutant trois coups de canon qui retentissent au loin.
La trêve avec les Turcs finira dès l'aurore, Ce signal nous l'apprend.
ZANI
Fort bien — causons encore :
Orfinio te doit?...
GUISEPPE
Au moins mille ducats Par lui perdus au jeu, sur parole.
ZANI
En ce cas Tu peux chercher ailleurs pour emplir ta cassette ! Orfinio n'est pas heureux à la bassette ; Il ne te payera point, ni moi non plus, jamais !
GUISEPPE
Dire pourtant que c'est un héros !
ZANI
Je l'admets.
GU1SEPPE
Tout le monde l'admet : Tu vas voir quel cortège 1 Orfinio s'est bien battu pendant le siège Contre les Turcs ; on veut lui faire honneur.
ZANl
D'accord; S'il rendait notre argent, tout serait mieux encorl...
GUISEPPE
Au triomphe du fils on va, selon l'usage, Associer la mère.
ZAM
Ah!
GUISEPPE
Il est juste et sage De payer sa bravoure.
ZAM
Oui, sa seule vertu !
GUISEPPE
Allons voir arriver le cortège, veux-tu ?
(Tous deux s'éloignent vers le fond.)
FRANCO, se dégageant de la foule qui est au fond, allant vers le Grand-Canal.
C'est fini? Bien ! Fermez ces rideaux. Des lumières
Partout ; voici la nuit. Allumez les torchères
Du dehors.
(11 va seul, sur le devant de la scène, à part.)
N'ai-je rien oublié ? — Non, je crois.
— Les papiers... voyons-les une dernière fois... Parfait ! — Les créanciers. . . Tous doivent être en route.
— Les Turcs sont avertis et m'attendent sans doute.
Tout va bien.
(Allant au fond, à un laquais.)
Ne laissez personne entrer ici.
Avant que le cortège arrive.
(Entre Venieri, qui va sans bruit frapper sur l'épaule de Franco.)