‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 312 sur 387 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

LE PR0VÉD1TEUK

Pour vous nous ferons plus encore.

(A Camilla qui se trouve au milieu des hommes, au fond.) Mère d'Orfinio, venez plus près. — Voilà Près de trente ans bientôt, une femme, Anzola, Par un poème illustre honora sa patrie ; Longtemps, par ses malheurs et ses fautes meurtrie, Elle avait aux chemins obscurs porté ses pas, Son nom était de ceux qu'on prononce tout bas ; Mais du jour où ce nom perdit la tache noire, Où son front fut touché des ailes de la gloire, Le peuple proclama d'un seul cri, d'un seul cœur Qu'elle avait reconquis par la gloire l'honneur î Elle ne pouvait pas jusque-là, comme indigne, Porter le voile blanc, humble mais noble insigne ; Les dames de Venise, elfaçant cet affront, Un jour vinrent poser ce voile sur son front. — Mère d'Orfinio, les dames citadines, De Venise aussi bien que des villes voisines, S'enfermant dans nos murs, ont voulu partager Du peuple et des soldats la gloire et le danger, On les voit, élevant dans leurs mains la croix blanche, Sous le fer, sous le feu, sous la noire avalanche, Relever les blessés, ensevelir les morts, Donner, s'il en était, aux lâches un remords Et rendre nos bras?forts comme nos cœurs fidèles ! Ces femmes, par mon ordre, ont choisi deux d'entre elles C'est au nom de Venise, au nom de leur pays, Qu elles vont vous parler ! Inclinez-vous.

CAMILLA, s 'agenouillant les yeux pleins de larmes.

Mon fils !

(Deux femmes se détachent du groupe. Ce sont Angela et Stellina )

ANGELA

Dans l'angoisse de la patrie, 0 mes sœurs, je suis comme vous !

Je suis celle qui pleure et prie, Humblement, tout bas, à genoux ;

;t5C LE FILS DE l'aRÉTIN

Je suis comme Dieu nous l'ordonne, Devant le pays menacé, Celle qui vient et qui pardonne A tous, quel que soit le passé 1

Puisque l'âme humaine est l'esclave Du mal que chacun porte en soi, Punir est la loi triste et grave, Pardonner est la sainte loi !

Jeunes filles, selon l'usage, Déployez le voile aux long plis Que parfume la fleur sauvage Et la feuille pâle des lis.

Invoquez la toute-puissance Que nul œil pur n'implore en vain, Et que des mains de l'innocence Descende le pardon divin !

STELLIN'A, aux jeunes filles.

Sur sa tête posez le voile Dont la blancheur ne laisse voir Qu'un peu d'or pour faire une étoile, La seule étoile du devoir !

Sur le front penché de la femme Mettez le voile plus épais, Pour qu'elle garde dans son âme L'espoir, le courage et la paix ;

Attachez autour de la face Le voile auguste qui défend, Afin qu'on n'y trouve de place Que pour le baiser d'un enfant !

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