LE PROVÉDITEUR
Venez, Orfînio. Dans votre palais même Le Sénat veut vous rendre un hommage suprême, Afin qu'un tel honneur serve d'exemple à tous Et d'encouragement à faire comme vous.
— En face de Venise à vaincre résolue, Moi, le Provéditeur des flottes, je salue Le soldat, le héros dont l'audace a forcé Les Turcs à faire trêve au siège commencé ; Leurs navires, hier, allaient franchir nos passes ; Vous avez pris d'assaut deux de leurs galéasses ; Ils ont fui. Leur retour sera prompt cependant,
— Au Lido nous voulons un ferme commandant,
Je vous nomme — A présent, ce peuple qui m'entoure Cherche un prix assez haut pour payer la bravoure ; Mais aujourd'hui Venise est pauvre: le Trésor De Saint-Marc, les bijoux, la grande chaîne d'or, Sont vendus ; en ces temps d'héroïque détresse L'or n'est bon qu'à payer le fer. C'est sa noblesse ! Votre pays, pourtant, à ses fils glorieux S'il n'a pas la richesse à donner, il a mieux ! Ces deux drapeaux par vous conquis, je vous les donne ; Aux murs de ce palais, le Sénat vous l'ordonne, Suspendez-les vous-même, afin qu'à tout instant Ils parlent de sa gloire au jeune combattant !
ORFINIO, après avoir suspendu les deux drapeaux.
Seigneur Provéditeur, au pays qui m'honore Je rends grâce.
(Il va à droite.)