‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 344 sur 387 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

A vous je répondrai de façon nette et grave : Mon fils sous un régent ne serait qu'un esclave, Je ne veux pas ! Fidèle au feu roi, mon époux, Je n'épouserai donc ni Hugonnel — ni vous I — A mon fils je dois rendre intact son héritage.

Oui, je comprends.

BLANCHE

De vous j'espère davantage, Si vos rêves vous ont trompé, soyez témoin Que mes rêves à moi vont plus haut et plus loin ; Ecoutez ! Quand je vins en la terre de France, Je ressentis d'abord la secrète souffrance D'un bonheur incertain et d'un vague péril : Pour nous la royauté commence par l'exil ! Ce trouble dura peu, quelques heures à peine ; Bientôt, le jeune roi charma la jeune reine Par ses hautes vertus dont je sais tout le prix ; Je lui donnai mon cœur et ne l'ai point repris ! Bientôt, comme l'on va par le pays des rêves, La France m'apparut avec ses vastes grèves, Ses antiques forêts, ses fleuves et ses monts, Je ne sais quoi de doux qui fait que nous l'aimons, Je ne sais quoi de grand que l'on admire en elle, Tout ce qui fait sa grâce ou sa force éternelle, Et son peuple, dont l'âme est si prompte à s'ouvrir,. Qui sait lutter, qui sait vaincre et qui sait souffrir ! J'aimai ce peup'e ainsi. J'ai, d'une âme fervente, Juré d'être à la fois sa reine et sa servante, J'ai tenu ce serment, et je le tiens toujours : Quand le roi, quand la France a besoin de secours Sur un champ de bataille, agitant l'oriflamme On réclame les plus vaillants. — Je vous réclame ! Je vous adjure au nom du roi votre Seigneur ; Je vous prends à la haine et vous rends à l'honneur ! Riche des dons du ciel, n'en soyez plus avare ; Vous, comte de Champagne, héritier de Navarre,

Qui tenez dans vos mains ces deux clés du pays, Aimez, servez, sauvez la France !

THTIUUD

J'obéis.

Contre moi pour toujours prenez cette revanche ! Pour le roi Louis Neuf et pour la reine Blanche Je jure de servir en serviteur loyal.

Et de prendre ma part dans le devoir royal, — Oublions, vous et moi, ce passé que j'abhorre !

BLAMCHE

C'est fait.

Pour l'avenir qu'exigez-vous encore ?

Pour que rien désormais ne vous puisse alarmer, Que vous faut-il de plus?

BLANCHE

Il ne faut plus m'aimer Il sied que nous donnions une leçon pareille Au peuple qui comprend, qui juge et qui surveille ! — Ne me haïssez plus ! Mais gardez en retour Un sentiment pour moi, plus vrai qu'aucun amour : Celle qui restera dans son triste veuvage Vous impose un plus fier et plus digne servage : De votre amour passé ne parlez plus, jamais ! Il le faut ! Je le veux !

TIIIBAUD

Oui, je vous le promets ; Je cède à votre voix qui me dompte et m'entraîne Je vaincrai mon amour, ayant vaincu ma haine ! Quel que soit le péril, quel que soit le moment, Même devant la mort, je tiendrai mon serment, Si bien que cet amour, qu'en cet instant suprême Je jure de dompter, vous l'oublierez vous-même !

BLANCHE

Je n'attendais pas moins de vous, comte Thibaud ; J'en suis heureuse et fière ! — Et maintenant, il faut

Remplir tout mon devoir de régente et de mère ; Je le remplirai mieux si vous m'aidez, j'espère.

(Elle va elle-même ouvrir la porte du fond.) Entrez tous.

(Elle fait signe à un page d'ouvrir la porte de gauche, par laquelle rentre Hugonnel.)

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