SORBON, HUGONNEL, DAME SARRETTE
GEOFFROY, etc.
BLANCHE, montrant la table du feslin préparée.
Prenez donc votre place de roi, Mon fils. — Chacun, selon son rang et son emploi, Prendra sa place aussi : Hugonnel, mon beau-frère, Et vous, comte Thibaud...
HUGONNEL
Mieux vaut que l'on diffère.
A mes offres il faut, sans tarder plus longtemps, Qu'on réponde, Madame, et jusque-là j'attends.
C'est moi qui répondrai si le roi me l'ordonne, Si la reine y consent.
BLANCHE
J'y consens.
LOUIS IX
Je vous donne Cet ordre, mon cousin.
THIBAUD, debout à la table.
Moi, comte et grand vassal, Je reconnais que j'ai travaillé pour le mal. Donc, sans conditions, sans lâche subterfuge, A la régente, au roi, je me soumets I Dieu juge.
Pour eux, je serai plus qu'un serviteur soumis :
Je serai l'ennemi de tous leurs ennemis,
Servant ainsi la France et sa noble querelle ;
Tout ce qui n'est pas fait pour elle est fait contre elle !
IIUG0NNEL
Mon beau cousin Thibaud, de cette trahison Pourrais-tu nous donner la secrète raison ? Je vois qu'il te faudrait mentir... Je t'en dispense Mais je me défiais de toi plus qu'on ne pense ! Ma réponse sera courte. Tu sais, je crois, Qu'il est un vieil usage entre seigneurs et rois ; Quand on veut déclarer la guerre prompte et franche, On saisit un couteau sur la table et l'on tranche La nappe du festin...
(Il fait ce qu'il dit.)
Regardez tous 1 c'est fait !
LOUIS IX
Mon oncle Hugonnel, je vous tiens en effet Pour un sujet félon, indigne de clémence. — Saisissez-le, soldats !
BLANCHE
Non. Malgré sa démence, Qu'il soit libre, mon fils ! Pour moi je l'ai jurç, Je l'ai juré pour vous. Double serment sacré !
LOUIS IX, sïnclinant.
C'est bien, ma mère !
GEOFFROY, montrant Hugonnel.
Alors, il triomphe ! Oh ! j'enrage.
DAME SARRETTE
Qui vengera le roi ? Qui châtiera l'outrage ?
BLANCHE
L'avenir.
DAME SARRETTE
C'est bien loin !