‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 345 sur 387 · SORBON, HUGONNEL, DAME SARRETTE · texte numérisé non relu

SORBON, HUGONNEL, DAME SARRETTE

GEOFFROY, etc.

BLANCHE, montrant la table du feslin préparée.

Prenez donc votre place de roi, Mon fils. — Chacun, selon son rang et son emploi, Prendra sa place aussi : Hugonnel, mon beau-frère, Et vous, comte Thibaud...

HUGONNEL

Mieux vaut que l'on diffère.

A mes offres il faut, sans tarder plus longtemps, Qu'on réponde, Madame, et jusque-là j'attends.

C'est moi qui répondrai si le roi me l'ordonne, Si la reine y consent.

BLANCHE

J'y consens.

LOUIS IX

Je vous donne Cet ordre, mon cousin.

THIBAUD, debout à la table.

Moi, comte et grand vassal, Je reconnais que j'ai travaillé pour le mal. Donc, sans conditions, sans lâche subterfuge, A la régente, au roi, je me soumets I Dieu juge.

Pour eux, je serai plus qu'un serviteur soumis :

Je serai l'ennemi de tous leurs ennemis,

Servant ainsi la France et sa noble querelle ;

Tout ce qui n'est pas fait pour elle est fait contre elle !

IIUG0NNEL

Mon beau cousin Thibaud, de cette trahison Pourrais-tu nous donner la secrète raison ? Je vois qu'il te faudrait mentir... Je t'en dispense Mais je me défiais de toi plus qu'on ne pense ! Ma réponse sera courte. Tu sais, je crois, Qu'il est un vieil usage entre seigneurs et rois ; Quand on veut déclarer la guerre prompte et franche, On saisit un couteau sur la table et l'on tranche La nappe du festin...

(Il fait ce qu'il dit.)

Regardez tous 1 c'est fait !

LOUIS IX

Mon oncle Hugonnel, je vous tiens en effet Pour un sujet félon, indigne de clémence. — Saisissez-le, soldats !

BLANCHE

Non. Malgré sa démence, Qu'il soit libre, mon fils ! Pour moi je l'ai jurç, Je l'ai juré pour vous. Double serment sacré !

LOUIS IX, sïnclinant.

C'est bien, ma mère !

GEOFFROY, montrant Hugonnel.

Alors, il triomphe ! Oh ! j'enrage.

DAME SARRETTE

Qui vengera le roi ? Qui châtiera l'outrage ?

BLANCHE

L'avenir.

DAME SARRETTE

C'est bien loin !

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