‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 353 sur 387 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LANDINI

De moi, surtout 1

HUGONNEL

Comment ?

LANDINI

Elle m'a fait promettre D'assurer son retour.

HUGONNEL, riant.

Vraiment ?

LANDINI

C'est à la lettre.

Elle m'a fait jurer sur le Christ I

HUGONNEL

Tu fis bien, Mais je ne te crois pas, ami, si bon chrétien !

LANDINI

Vous me calomniez I — Ecoutez une histoire Qui dans tous les pays d'Italie est notoire : Mes compagnons et moi, sans le moindre remords,. Nous devions mettre à sac Pistoïa, ville et forts, Et j'allais ordonner l'assaut sans plus attendre, Quand soudain, devant nous, un chant se fît entendre ; Un vieux prêtre, un légat, seul, debout sur le mur, Chantait l'hymne Pax in terris nunliatar ! C'était l'hymne papal qui commande la trêve ! Quoique la paix ne soit ni mon but ni mon rêve, La voix de Dieu parlait, je partis sur-le-champ Avec tous mes routiers.

HUGONNEL

Vive Dieu! c'est touchant I Mais en toute occurrence il faut voir ce qu'on gagne : Ami, tu m'as vendu le comte de Champagne Pour dix mille écus d'or ; je t'en donnerai donc Vingt mille pour livrer la régente.

LANDINI

Pardon !

Hier, Thibaud, tombant dans mon habile piège, Devint mon prisonnier. Le hasard vous protège ! Pour dix mille écus d'or, c'est vrai, je l'ai livré, Mais j'étais dans mon droit : je n'avais rien juré !

HUGONNEL

Il faut en revenir aux vertus d'un autre âge Pour qu'un chef de routiers...

LANDINI

Permettez! pas d'outrage!

L'histoire des routiers, vous la connaissez peu ; Ce n'étaient ni des saints ni des anges, mon Dieu! Ils changeaient de drapeaux et menaient grands tapages, Mais leur histoire enfin compte de belles pages : Algaïs, Mercadier, ces vaillants insoumis, Richard Cœur de Lion les nommait ses amis ; Falcaise le Normand épousa Marguerite De Redviers ; et Cadoc, sans que l'honneur s'irrite, Près d'un roi combattait à Bouvines, si bien Qu'il vécut et mourut en chevalier chrétien l Ils mêlèrent le bien et le mal tout ensemble, Je le sais, et voilà pourquoi je leur ressemble, Comte, je ferai donc comme je vous l'ai dit ; Je suis un mercenaire et non pas un bandit ! — Et puis, vous en rirez, mais ce n'est point ma faute, J'ai ce qui fait vraiment qu'on a l'âme plus haute : Je suis un peu poète et j'ai là-bas, souvent, Visité le tombeau de Virgile en rêvant ; Quelquefois, au déclin des soirs mélancoliques, J'ai sans trop le trahir, traduit ses Bucoliques, Ces vers trempés de pleurs que son cœur seul trouva : .\ os palriœ fuies et clulcia linqaimus arvaf Xos patriam fugimus !

IIUGONNEL, riant.

Virgile !

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