SCÈNE III ALIÉNOR dans l'ombre, MUGONNEL, LANDINI
HUGONNEL, à Landini.
La reine?... Je suppose Qu'elle viendra ? Réponds vite !
LANDINI, sans se hâter.
Voici la chose, Laissez-moi m'expliquer, comte, plus à loisir. J'ai cherché dans son camp, selon votre désir,
520 FRANCE... d'adord !
La reine. Vous vouliez, la chose est naturelle,
Traiter de la rançon de Thibaud avec elle ;
Comme vous j'ai trouvé raisonnable, je crois,
Qu'elle vînt elle-même au château du Crotoi :
Puisque le prisonnier est votre seul otage,
Sur elle vous devez garder cet avantage.
— Elle a très bien compris qu'un refus de sa part,
Qu'une hésitation, que le moindre retard
Pour le comte Thibaud pourrait être funeste,
Que vous n'auriez qu'à dire un mot, à faire un geste
Pour que le prisonnier pavât cher ce refus.
HUGONNEL
Elle n'a donc compris, deviné rien de plus ?
LANDINI
Je ne sais trop. — Mais moi qui tiens à tout comprendre, Moi qui l'ai près de vous décidée à se rendre, Je tiendrais à savoir — en venant, j'y songeais — Si vous ne formez pas au fond d'autres projets ?
HUGONNEL
Je n'en ai qu'un : garder la reine prisonnière, D'après ma volonté, comme raison dernière.
LANDINI
Ah! diantre ! Par malheur je vois, de mon côté, A ce projet... habile une difficulté.
HUGONNEL
Il n'en est point !
LANDINI
Oh ! si ! Je vous le certifie ; Prudente malgré tout, la reine se défie ; Elle compte rentrer, après ce rendez-vous, Dans son camp, sans retard.
HUGONNEL
Cela dépend de nous.