SCÈNE IV HUGONNEL, ALIÉNOR
ALIÉNOR, descendant.
Cet homme est le plus fort! cet homms Défendrait contre vous la reine !
HUGONNEL
Oui, mais, en somme, J'ai toujours, par la force et la ruse souvent, Renversé tout obstacle et marché plus avant.
ALIÉNOR
D'accord! — Qu'allez-vous faire aujourd'hui?
HUGONNEL
C'est la joie
Des bons chasseurs de suivre à la piste leur proie
Et de fondre soudain sur elle !
(Après un silence.)
Par l'enfer !
C'est cela... je les tiens! De ce cercle de fer
Il n'échappera pas, le beau comte !
ALIÉNOR
Et la reine ?
La reine?
HUGONNEL
Sois tranquille !
aliénor
Ah 1 pourvu qu'elle vienne !
IIUGONNEL
Ne cherchons plus. Jamais je ne trouverais mieux. — Plugonnel le grossier, le sombre ambitieux, Comme ils disent, le noir épervier des Ardennes, On le verra monter, plein de forces soudaines, Vers ce pouvoir royal qui devrait être à lui Et qu'il va ressaisir enfin, dès aujourd'hui ; Pourquoi ne suis-je pas le roi déjà?... Mon frère Etait Faîne sans" doute... Est-ce un titre? Au contraire! Pour un prince sans force aucun droit ne prévaut ! Mon aîné?... Cet enfant frêle, chaste, dévot, Qui, moine couronné, mangeur de patenôtres, S'en alla droit au ciel, pardieu ! comme tant d'autres, En chantant Ylnlroït ou le Dles irœ, Et transmit à son fils son sang dégénéré 1
ALIÉNOR
Et cependant, ce fils d'une façon très haute Vous traita...
HUGONNEL, avec une ironie sombre.
S'il finit mal ce sera sa faute l On dit d'abord de moi : mauvais frère ! On dira : Mauvais oncle ! — Fort bien ! L'oncle ainsi grandira ; Un homme tel que moi, quand trop de nœuds l'enchaînent, Serait fou d'épargner les neveux qui le gênent 1 — Sans celui-là, j'aurais ce royaume, j'aurais Ces montagnes, ce ciel, ces fleuves, ces forêts, Ces rivages que bat Focéan solitaire Et ces flots tentateurs qui vont vers l'Angleterre, Les horizons sans fin, le désert, la cité, Toute cette grandeur et cette immensité !