‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 36 sur 387 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Puisque mon nom, mon rang, dans votre âme trop fîère Retenaient cet aveu, j'ai parlé la première, Et c'est mon seul orgueil, de tout autre vainqueur, Gérald, d'avoir ce droit de vous offrir mon cœur !

GÉRALD

Berthe, Berthe... Pardon! je ne peux pas vous dire Quel est en ce moment mon trouble et mon délire ! Oh ! ciel ! Quel autre vœu pouvais-je donc former? Comment aurais -je fait pour ne pas vous aimer ? Oui, Berthe, il est à vous dans son humble tendresse, Ce cœur tout frémissant de sa première ivresse ; Tout mon cœur vous bénit dans mon trouble et mes pleurs Vous qui payez d'un mot le prix de mes douleurs ; Vous qui, déjà clémente à mon âme confuse, Partagiez mon amour pour lui faire une excuse ; Vous qui tendez la main à celui qui souffrait, Qui va vivre pour vous^et qui pour vous mourrait ! Ah ! quand vous m'avez dit de cette voix profonde : « Je vous aime, Gérald ! » J'ai compris que le monde De ma part de bonheur ne me devait plus rien, Et que je pouvais dire à jamais : tout est bien ! — Si vous saviez, hélas ! Tout à l'heure, mon père, Ici même, m'a dit... Mais non : J'aime, j'espère, Et voici de retour tous les bonheurs perdus !

Que vous disait-il donc, Gérald ?

GÉRALD

N'y songeons plus !

Vous ne sauriez comprendre, et je m'explique à peine De quel regard, avec quelle terreur soudaine, Ici de mon amour il a reçu l'aveu !

Il m'a dit que j'étais indigne... Mais, grand Dieu ! Peut-être a-t-il raison ; car, enfin, moi que suis-je? De quel droit vous aimer ? Il a raison, vous dis-je !

BERTIIE

Non, Gérald ! Il verra, car je n'ai pas tout dit, Que l'amour, en entrant dans nos cœurs, les grandit Et quand il connaîtra mon avenir, le vôtre, Soyez-en sûr, sa joie égalera la nôtre 1

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