‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 365 sur 387 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ROBERT

Tu vois : aucun ne fait un pas, Tu vois ce que l'on gagne à ne m'obéir pas !

— Mais si tu m'obéis...

HUGONNEL

Voyons ?

ROBERT

Rome décide, Pour terminer chez nous la guerre fratricide, Que, selon les édits et les droits souverains. De la main du légat, à l'église de Reims, Louis Neuf recevra, dans huit jours, la couronne ; Là, tu rendras hommage au roi, pour qu'il pardonne.

— Crois-moi donc, Hugonnel ! soumets-toi désormais.

HUGONNEL, à part.

Aujourd'hui, mais plus tard, bientôt !

(Haut.) Je me soumets l

ROBERT

Sans doute. Mais il faut que tu donnes l'exemple D'une soumission plus utile et plus ample ; Trois de tes châteaux forts, du pays Rhétellois, Seront remis au roi de France, avant un mois.

HUGONNEL

J'y consens.

ROBERT

Nous devons exiger davantage Et de ta bonne foi réclamer un otage ; Lequel ?

HUGONNEL, à part, un long silence.

Aliénor, ma nièce...

(Il va la chercher.)

ALIÉNOR, à part, regardant la reine.

La voilà !

HUGONNEL

Reine, en votre merci d'abord recevez-la ;

Puis, à Reims, devant tous, je veux qu'elle se jette

Aux pieds du nouveau roi comme serve et sujette,

Qu'avant le sacre même et le couronnement,

Au jeune front royal elle pose humblement

Le bandeau-diadème, et ce sera l'imasre

De notre repentant et féodal hommage 1

Pour la reine Bathilde et son fils Cloter Trois

Jeanne de Rogue agit de la sorte autrefois ;

Dès lors le roi n'eut point d'amitié plus fidèle.

Ma nièce, ainsi que moi, la prendrons pour modèle.

BLANCHE

Comtesse Aliénor, venez plus près de nous. Au nom du roi, devant la régente, à genoux ! Durant ces quelques jours, jours de calme et d'épreuve, De votre repentir je veux avoir la preuve ; Femme et reine, il me plaît de vous connaître mieux Avant de vous juger. — Fixez sur moi vos yeux...

(Elle la regarde longuement.) Relevez-vous. Ainsi, tout ce qu'on vient de dire, A Reims vous le ferez ?

ALIÉNOR

Oui.

BLANCHE

Cela doit suffire En attendant l'hommage et le jour solennel. — Faites donc vos adieux au comte Hugonnel.

(Aliénor va vers Hugonnel.)

HUGONNEL, en l'embrassant, bas.

J'ai feint de me soumettre !

ALIÉNOR

Et moi !

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