‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 364 sur 387 · LE CORTÈGE · texte numérisé non relu

LE CORTÈGE

Pax in terris nunliatur

ROBERT

Mais j'annonce la paix d'abord, Christ est vainqueur Et que ce soit la paix de l'esprit et du cœur ! L'homme apporte en naissant une ardente géhenne, Dans son âme... Eteignez en vous-mêmes la haine ; Hors de vous, loin de vous, ces feux empoisonneurs ! Vous qui marchez parmi la joie et les honneurs Ou portez le fardeau de la misère humaine, Pour que notre pays vive tuez la haine !

536 FRANCE... d'abord !

— C'est pour le dire à tous qu'ici je suis venu. Hugonnel, si mon droit n'était pas reconnu, Je punirais! Pourtant, j'ai pris pour seul cortège Ces femmes, ces enfants que cette croix protège, Sachant que j'allais voir s'ouvrir les rangs épais De tes soldats devant ce drapeau de la paix !

HUGONNEL

Mes soldats auraient tort ! et toi, pour ton audace, Maître Robert, tu vas, avant que je te chasse, Voir le comte Thibaud périr, et ce sera Par Fépée ou la hache, ainsi qu'il te plaira !

ROBERT

Hugonnel, souviens-toi du roi Philippe-Auguste !

Moins coupable que toi, pour un seul acte injuste

Ce grand roi fut frappé ; son orgueil le perdit ;

Le pape contre lui prononça l'interdit,

Et comme il s'obstinait dans sa cause mauvaise,

Le monde, ce jour-là, vit le peu qu'un roi pèse l

— Toi, si je dis un mot, tu pèseras demain

Moins que le grain de blé dans le creux de ma main 1

Si tu n'obéis pas à l'ordre que j'apporte,

Mon bras sera plus lourd et ta peine plus forte ;

L'anathème, sur toi jusqu'ici suspendu,

Tombera sans retour et tu seras perdu :

Maudit de tous, errant sous les sombres nuées,

Tu fuiras comme un chien au milieu des huées,

Et de t'avoir servi tes valets tout honteux

Te chasseront à coups de pierre devant eux !

HUGONNEL

C'est toi qu'on va chasser !

(Aux soldats.) Allons, mes camarades, Menez hors de ces murs, avec quelques bourrades, Ce saint homme !

(Les soldats restent immobiles.)

Page 1