ACTE TROISIÈME
ALIÉNOR
Taisez-vous !
Ce n'est plus, ce n'est pas ainsi que Ton me gagne ! Je suis, m'avez-vous dit, fille de Charlemagne, De l'homme dont le nom, depuis quatre cents ans, Remplit le monde... c'est de lui que je descends ! Et vous avez pensé que cette ombre sublime Viendrait me conseiller la bassesse et le crime Et que je pourrais, moi ! sans un double remords, Avec mon déshonneur déshonorer les morts ! Vous pensiez entraîner mon orgueil et mon âme En m'ofîrant je ne sais quelle couronne infâme ; Vous n'avez pas compris, vous ne comprenez pas, Qu'en m'élevant plus haut, je tomberais plus bas ; Que j'ai senti soudain l'ange des rois, l'Archange, M'emporter au-dessus de toute cette fange ! Vous, sachant qui j'étais!... De quel nom vous nommer? Je me hais à présent d'avoir cru vous aimer ! De cet abaissement à Dieu je rendrai compte ; Loin de moi cette horreur, loin de moi cette honte ! Partez, car il me semble encor, malgré cela, Que mon crime est commis tant que vous êtes là !
HUGONNEL
Je pars, mais prends bien garde à l'avenir, prends garde !
Qui lutte contre moi grandement se hasarde ;
La vengeance par toi m'échappe en ce moment,
Je la retrouverai, je sais déjà comment !
— Tu peux me dénoncer, tu le feras, je pense,
De mes bienfaits passés trop juste récompense !
Le roi te paiera cher ce service éclatant,
Fille de Charlemagne ! Adieu.
ALIÉNOR
Va-t'-en ! va-t'-en I
HUGONNEL, allant vers la porte du fond que les deux pages viennent d'ouvrir.
Comtesse Aliénor, que Dieu vous accompagne Près du roi... Moi, je pars...
(il sort par la droite.)