‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 47 sur 387 · TOUS LES JEUNES SEIGNEURS · texte numérisé non relu

TOUS LES JEUNES SEIGNEURS

Moi ! Moi !

CHARLEMAGNE

Non, arrêtez ! lutter serait folie :

Je sens depuis un mois que Dieu nous humilie ; Trop de sang a coulé déjà, barons chrétiens ! Toi, mécréant, tu peux retourner chez les tiens !

NOÉTHOLD

C'est bien, noble Empereur! Mais j'ai gardé mémoire D'un jour où tu paras plus jaloux de ta gloire : L'Espagne presque entière alors était à toi ; Saragosse tenait seule pour notre roi ; Les dix ambassadeurs de notre roi Marsille Partirent pour Gordoue, et devant cette ville Rejoignirent ton camp. Dans un vaste jardin Ton fauteuil d'or était dressé sous un grand pin ; A tes côtés, Roland, Olivier, le duc Sanche ; Toi, calme et fier, avec ta barbe déjà blanche, Tu nous vis approcher, souriant à demi De voir nos fronts courbés devant notre ennemi. Alors l'ambassadeur, s'inclinant davantage, Te demanda la paix et m'offrit pour otage ; Toi, tu ne répondis que quelques mots hautains. — Roi, le temps a changé la face des destins ; Nous avons reconquis notre Espagne ; à cette heure Le mécréant triomphe, et le roi chrétien pleure ! Je m'en retourne donc, ainsi que tu l'as dit ; Mon triomple est complet, puisque tu l'as maudit ; Nul ne m'accusera d'une gloire usurpée : De ton neveu Roland je remporte l'épée, Durandal!... Je l'ai bien conquise, tu le vois; Roi, regarde-la donc pour la dernière fois I

CHARLEMAGNE

Attends 1 — Du sang des miens je pouvais être avare, Puisque pour toi contre eux le destin se déclare.

La force en moi décroît. — Je n'ai plus soixante ansl

Mais ce reste suffit aux hommes de mon temps;

C'est moi qui combattrai conlre toi tout à l'heure,

Et s'il faut sous tes coups que Charlemagne meure,

Il suffira, païen qui crois nous avilir.

De mon dernier regard pour te faire pâlir !

Viens donc!

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