INTRODUCTION
problème de la responsabilité de l'écrivain, d'y montrer, au moyen d'une action saisissante, le prolongement possible à l'infini du mal que, la plume à la main, on a une fois jeté par le monde. Il lui sembla que le type même du malfaiteur de lettres c'était, dans l'Italie du xvie siècle, le fameux Pietro Arelino, faux poète à tout faire, conteur obscène, distributeur vénal de louange ou de blâme, maître chanteur, conscient pourrisseur d'âmes, dont il voyait bien que la race, de nos jours, n'était pas éteinte. Et Le Fils de l'Arétin, — c'est le titre du drame où il montre le fils corrompu en face du père corrupteur, — fut, en 1895, la pièce qui fil le plus d'honneur à la Comédie-Française, en accroissant aussi l'honneur du poète dont la voix avait si vigoureusement traduit les révoltes indignées de bien des consciences.
Le long succès de France... d'al»ord ! à l'Odéon, en 1 899, valut au maître sa dernière joie. Le 28 janvier 1901, il s'éteignait doucement, dans celte Bibliothèque de l'Arsenal où M. de Salvandy, en 1 84 7, lavait fait entrer comme surnuméraire, dont il était devenu l'Administrateur, et qu'il ne quittait, chaque année, que pour aller passer l'automne en Languedoc, parmi les vignes et sous les platanes du Mas de Bornier, le vieux domaine de famille.
Sa vie avait eu la même irréprochable pureté qu'il avait tenu, par-dessus tout, à donner à son œuvre. Il faut d'abord, dit il dans des strophes touchantes d'une dédicace à 5a fille, que
Nos livres puissent, sur la table, Aux yeux de tous, rester ouverts.
Et il ajoute
Le mien le peut — Je sais la vie ; J'ai monté par d'âpres chemins, Je sais que tout ce qu'on envie S'écroule ou s'enfuit sous nos mains ;
Parfois, dans le doute on le blâme, A l'heure où les cieux sont couverts, Lne ombre me passait sur l'âme...
Mais l'ombre n'est pas dans mes vers ;