ACTE QUATRIÈME
Tu veux partir, Gérald !
GÉRALD
Oui, Berthe !
Ah ! si tu m'aimes Ne sois pas seul, Gérald, si cruel pour nous-mêmes.
GÉRALD
Je n'ose plus t'aimer !
Et moi, Gérald, et moi ?
Pour me frapper ainsi que t'ai-je fait ? Pourquoi ?
GÉRALD
Le sort nous frappe seul !
N'en sois donc pas complice :
Ne perds pas le bonheur ..
GÉRALD
Veux-tu que j'en rougisse?
Regarde l'avenir.
GÉRALD
Je vois trop le passé !
Eh bien, si pour toi seul il n'est pas effacé, S'il ne te suffit pas que l'Empereur pardonne, S'il faut que la mort parle et que le ciel ordonne, Eh bien, Gérald, au nom de mon père...
GÉRALD
Plus bas:
Le mien pourrait entendre !
BERTHE, tombant dans les bras de ses suivantes.
Ah ! plus d'espoir, hélas!
GÉRALD, allant vers Charlemagne.
Sire, devant ces pleurs venez à ma défense !
Je ne peux rien céder contre ma conscience,
Tout espoir me rendrait à moi-même odieux :
La fille de Roland au fils de... Justes dieux !
Non jamais ! Sa pitié ne voit que mon martyre,
Aujourd'hui. .. Mais demain 1 Vous m'avez compris, sire 1
CHARLEMAGNE
C'est vrai, Gérald! Ton roi, ton juge et ton seigneur,
Ne te saurait blâmer pour cet excès d'honneur ;
Mais, comme roi, voici ma sentence dernière :
Hier, pour délivrer Durandal prisonnière,
Je t'ai prêté Joyeuse. — Aujourd'hui, je fais mieux :
Il faut à ton courage un prix plus glorieux ;
Je veux que Durandal désormais t'appartienne.
Car la main de Roland la mettrait dans la tienne !
La noble épée a soif du sang de l'étranger ;
Toi son libérateur, mène-la se venger ;
Et quand vous aurez fait ce qu'il faut faire encore,
Quand vous aurez chassé, du couchant à l'aurore,
Nos derniers ennemis comme un troupeau tremblant,
Tu la rapporteras au tombeau de Roland !
GÉRALD
Oui, sire, à son tombeau, là-bas ! en Aquitaine ! Et puis, j'irai chercher une mort plus lointaine.
Et si la mort te fuit, Gérald ?
GÉRALD
Je marcherai Si loin et d'un tel pas que je la trouverai !