ACTE PREMIER
Tant qu'il a composé ce bizarre trésor
Des femmes de Hunnie ou de Scythie, encor
Je le lui pardonnais ; notre race guerrière
Eut pour père un démon, pour mère une sorcière,
Le marais méotide est son berceau sacré,
Et nos femmes du moins n'ont pas dégénéré :
Comme le chêne ayant cœur dur et dure écorce,
Détruisant leur beauté pour augmenter leur force,
Teint noir, nez écrasé, visage plat, front haut,
Membres de fer, — voilà les femmes qu'il lui faut 1
ULDEN, souriant.
Il est loin, cher Mundo, de mépriser les nôtres.
MUNDO
Sil C'est les mépriser que d'en estimer d'autres! Ces filles d'occident, beautés au doux regard, Lui porteront malheur, j'en suis sûr, tôt ou tard ! Je voudrais me tromper en parlant de la sorte, Je n'ai que trop raison.
ULDEN
Tais-toi ! Voici l'escorte Et les captifs conduits par Hernock.
MUNDO
Celui-là Me plaît, car il est bien le vrai sang d'Attila : 11 décide, il agit, frappe et tue en silence; Pour peser le devoir de tous, dans la balance Il met sa hache et rien de plus !
ULDEN
Dans tous les cas, Son jeune frère Ellak ne lui ressemble pas.
MUNDO
C'est que le prince Ellak, qu'un sang moins âpre excite, Est fils d'une Germaine, Hernock fils d'une Scythe.
ULDEN
Voici les prisonniers. — Quel sombre désespoir ! — Le roi Herric, d'abord... Tu ris?
M UN DO
Oui, j'aime à voir Ce roi traînant le char qui le portait naguère, Car les rois seraient trop heureux, n'était la guerre !
(Les captifs arrivent par le pont, traînant les chariots, entre deux haies de Huns qui les menacent de leurs armes et de leurs fouets. Ulden va au devant d'eux et leur parle un instant.)