ACTE PREMIER
Ma fille, ta main !
Mes forces sont à bout ; prince Hernock, sois humain : Laisse-moi reposer un peu sur cette pierre.
(Il s'assied.)
Ma voix s'éteint, le jour accable ma paupière...
L'air est noir et glacé, le chemin est si long,
Et la neige est aux pieds plus lourde que le plomb !
HERNOCK, aux soldats.
Rangez les prisonniers sur les rives du fleuve.
IIERR1C, aux prisonniers.
Chrétiens, soumettons-nous, et prions dans l'épreuve.
ULDEX, à Hernock.
Prince, de près je crois que ton père te suit; Pour ne rien retarder pourtant, avant la nuit, Nous pourrions entre tous, Lbrnock, selon l'usage, Partager les captifs.
HERNOCK
Commence le partage.
ULDEN
Prisonniers, avancez. — Cette"7emme là-bas, Qui se cache et qui porte un enfant dans ses bras, Amenez -la.
GÉROXTIA, à une captive, lui donnant son enfant.
Ma sœur, voici l'instant terrible !
Eloigne de leurs yeux mon fils, si c'est possible.
(La captive prend l'enfant, et remonte vers le pont de bateaux.)
HERNOCK, à Gérontia.
Ton nom ?
GÉRONTIA
Gérontia.
HERNOCK
Ton pays ?
La cité De Lutèce.
HERNOCK
Oui, je sais... où l'on a résisté.
GÉRONTIA
J'ai fait comme mes sœurs et comme Geneviève ; Je fus prise par vous plus tard, malgré la trêve.
HERNOCK
C'est bien ; assez !
ULDEN, aux Huns.
Qui veut de cette femme?
IIERKLÉ
Moil La femme sans l'enfant.
ULDEN
Personne plus que toi Ne voudra de l'enfant : sa mère encor l'allaite. Ainsi, que ferons-nous de l'enfant?
HERNOCK
Qu'on le jette Au Danube.
IIERKLÉ
C'est bien, je prends la femme.
GÉRONTIA, s'éloignant des Huns qui veulent lui enlever l'enfani.
Non !
Ah ! je prierais vos Dieux, si j'en savais le nom ! Je ne te prierai pas, toi, femme ! Je devine Que rien d'humain ne bat dans ta fauve poitrine ; Mais vous, je vous supplie, hommes ! Quoique païens, Vous êtes hommes, vous ! — Qu'on amène vos chiens,