‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 84 sur 387 · ACTE PREMIER H · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER H

Mais je garde ton or ! Que personne n'accuse Ici ma bonne foi. car tu vas convenir Que tes cent drachmes d'or doivent m'appartenir Tu sais qu'à Sirmium, ville par moi conquise, J'avais dans mon butin les vases de l'église ; Cependant les vaincus m'ont volé ce trésor, J'ai donc le droit de prendre à la place ton or !

WALTER

Il suffit. Prends mon or. Il m'est permis sans doute De t'offrir un nouvel échange ?

ATTÏLA

WALTER

Je t'écoute.

Herric, le roi Burgonde, et sa fille Hildiga, Courbés par tous les maux que Dieu leur prodigua, Qu'en ferait-on ici ? Moi, je suis jeune et brave ; Rends-leur la liberté, garde moi comme esclave ; Je te servirai mieux qu'une femme, un vieillard; Libre, je deviendrais ton ennemi plus tard; Captif, je ne peux rien contre toi ni personne. Voilà ton intérêt.

ATTILA

Oui, ton idée est bonne !

Mais je n'ai pas besoin d'échanger contre toi, Puisque tu m'appartiens, la princesse et le roi; Tu m'appartiens depuis longtemps ! tu vas comprendre : D'après tous les traités, tu sais qu'on doit me rendre Les transfuges qui m'ont trahi jusques ici ; Qu'on me les rende. Alors je te rendrai.

Merci, Roi ! Car, loin de gémir sur mon destin funeste, Je trouve plus de prix au seul bien qui me reste.

ATTILA

Ta vie est dans mes mains comme ta liberté, Que te reste-t-il donc ?

WALTER

L'honneur et la fierté.

ATTILA

Herric, connaissais-tu Walter?

IIERRIC

Par son courage Et son nom seulement, mais jamais son visage N'avait frappé mes yeux.

ATTILA

Et toi, princesse?

IIILDIGA

Non; C'est par son dévouement que je connais son nom.

ATTILA

D'où vient ce dévouement ? Walter va nous le dire.

IIILDIGA

Parle : comme Attila, Walter, je le désire. Pourquoi viens tu chercher, toi libre, jeune et fort, Pourquoi viens-tu chercher l'esclavage ou la mort ?

WALTER

L'esclavage et la mort n'ont rien dont je m'effraie ; Les braver, c'est la vie et la liberté vraie.

IIILDIGA

Oui, l'on peut tout braver pour son peuple ou son roi, Mais tu ne connaissais ni mon père ni moi.

WALTER

Tu te trompes.

IIILDIGA

Comment?

WALTER

Princesse...

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