‹ Œuvres choisies; La Fille de RolandChapitre 85 sur 387 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

IHLDIGA

Il le faut. Parle.

WALTER

Eh bien ! voilà deux ans, dans le grand palais d'Arle,

Ton père avait voulu réunir sous tes yeux

Les chefs les plus puissants et les plus glorieux.

Le roi Herric, debout sous le dais d'or qui brille,

Te dit ces mots : « Choisis un roi, reine ma fille,

« Et choisis un époux ! » — Alors, tous à la fois

Se levèrent les ducs, les comtes et les rois;

Tous, superbes, pensifs, la main sur leur épée,

Attendirent. Et toi, d'éclairs enveloppée,

Sous les feux de l'acier, sous les feux du soleil,

Sous le feu des regards, dans un nimbe vermeil,

De tes grands yeux profonds parcourant l'assemblée,

Tu lui dis d'une voix par les larmes troublée :

« Celui qui chassera des Gaules Attila,

« Dès ce jour je le prends pour époux! » J'étais là.

H1LDIGA

Toi, Walter?

WALTER

Au milieu de tous ces chefs d'armée, Moi je n'avais alors ni rang ni renommée, Et jamais d'autre espoir n'approcha de mon cœur Que d'admirer du fond de l'ombre le vainqueur 1 Que te dirai-je ? hélas ! trop lourde était la tâche; Il est des temps maudits où le destin est lâche ! Un jour, on réunit dans le même palais Ces mêmes chefs auxquels autrefois tu parlais ; « Vos princes sont captifs, la fille avec le père, « Leur dis-je, il faut aller au fond de son repaire « Tenter le ravisseur par des trésors nouveaux. » Mais tous ces rois, jadis pour ton trône rivaux, Ne furent plus rivaux à l'heure différente : Tous cherchaient un abri pour leur famille errante, Ou de sauver leur trône avaient l'amer souci. Moi, je n'ai pas de trône à sauver : me voici.

C'est bien, Walter, c'est bien ! Je t'admire, et j'envie Ton courage; mais rien ne menace ta vie, A moins que ton orgueil et ta témérité Ne fatiguent plus tard ma générosité !

II1LDIGA

C'est trop peu, roi desHuns, c'est trop peu pour ta gloire, Walter est libre encor, je veux du moins le croire ; Si tu le retenais par cette trahison, Tous les mépris qu'on t'a jetés auraient raison ; Et moi, que tout à l'heure étonnait ta clémence, Je la repousserais par un dégoût immense, Sachant que c'est sans doute un moins cruel ennui De haïr son vainqueur que de rougir de lui!

ATTILA

Hildiga, c'est assez; c'était peu ma coutume De supporter longtemps l'insulte et l'amertume, Mais un roi doit savoir contenir son courroux, Pas toujours cependant !

(A la foule.)

Allez, laissez-moi tous.

HERRIC, en passant devant Attila.

Attila, je te plains ; le mal en toi demeure, Tes générosités ne durent pas une heure, Et, sans doute déjà dans ton cœur j'entrevois Naître d'autres desseins...

ATTILA, violemment.

C'en est trop cette fois !

Apprends, roi sans royaume et prophète en délire, Qu'Attila dans son cœur ne permet pas de lire. Tu ne le pourrais pas d'ailleurs ; tes faibles yeux Seraient brûlés devant l'éclair mystérieux; Et l'avenir lui-même, avec fureur peut-être, Pourra me condamner, mais non pas me connaître î

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