SCÈNE II ELLAK, WALTER, HILDIGA
ELLAK
Je vous cherchais tous deux. Nul ne peut nous entendre. Ici même mon père aujourd'hui doit attendre
La princesse romaine Honoria ; ce soir
Il l'épouse. Pour vous c'est un dernier espoir.
WALTER
Que veux-tu dire, Ellak ?
ELLAK
Avant tout, l'un et l'autre Croyez-le bien, je n'ai qu'un intérêt : le vôtre ; Je suis fils d'Attila, mais j'ai, malgré mon nom, Un cœur juste et loyal. En doutez-vous?
HTLDIGA
Non.
WALTER
Non, Ellak : j'ai remarqué, jusque dans ton silence, Une mystérieuse et tendre vigilance.
Explique-nous pourquoi, fils d'Attila ?
ELLAK
Pourquoi ?
11 n'importe. Le temps nous presse, écoutez-moi. Quand on aura reçu la princesse et sa suite, Je peux, je veux, je dois assurer votre fuite, Les regards des gardiens seront moins attentifs. Mon char emportera dans la nuit trois captifs : Le roi Herric, Walter, Hildiga.
WALTER
Mais toi-même?
Si ton père apprend tout, dans sa fureur extrême...
Ne craignez rien pour moi : je vais partir aussi, J'irai seul au pays de ma mère.
HILDIGA
Merci, Merci pour nous, Ellak!
WALTER, montrant Nildiga.
Merci surtout pour elle !
ELLAK
Ce que je fais, Walter est chose naturelle : Ma mère, comme vous captive, loin de moi De mon père subit l'impitoyable loi ; Je ne puis l'arracher à sa longue souffrance. Mais pour ma mère, hélas ! et pour sa délivrance Ce que je ne peux pas, je le ferai pour vous.
IIILDIGA
Ellak, à notre tour pour toi que ferons-nous ? La dette de Walter et celle de mon père Et la mienne, comment te la payer?
ELLAK
J'espère Que vous serez heureux, et pour moi c'est assez. Vous ne me devez rien. Au contraire : pensez Que peut-être, entraîné sur une sombre trace, Sans vous j'aurais été méchant comme ma race; Vous m'avez rendu bon pour toujours ! — Cependant, Quand vous serez là-bas, sous le beau ciel ardent, Songez qu'il est ici, sous ce soleil sans flamme, Quelqu'un dont l'âme triste a deviné votre âme ; Quand vous serez heureux, libres, unis, époux...
IIILDIGA
WALTER
Ellak, tais-toi!
ELLAK
Vous-mêmes, taisez-vous :
Vous comprendrez que j'ai raison, quand viendra l'heure; J'ai ma blessure aussi, mais la vôtre est meilleure ! Vous vous aimez : l'amour... tout malheur a le sien ! Vous ne le saviez pas, mais mon cœur le sait bien ! — Adieu. Gardez en vous l'espérance muette,