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Oeuvres choisies

Nous n'avons donné de Fontenelle que les deux premiers entretiens sur La Pluralité des Mondes, mais nous avons publié en entier V Histoire des Oracles^ qui est l'œuvre la plus caractéristique de son talent. Si nous avions procédé autrement, et si nous avions voulu faire la part égale aux différents ouvrages de cet écrivain, on aurait pu nous reprocher de tomber, par un morcellement exagéré des extraits, dans le défaut des manuels classiques, qui sont bien des livres d'étude, mais nullement des publications d'agrément. La Renaissance du Livre, soucieuse de ne pas exiger de l'attention de ses lecteurs de trop héroïques efforts et de leur rendre la lecture des écrivains agréable et aisée, a cru, en agissant ainsi, satisfaire le public des lettrés et rester dans sa tradition, qui a toujours été d'offrir des éditions originales et autant que possible entières.

Nous avons donné de Vauvenargues l'essentiel : les Réflexions et Maximes et les Réflexions sur divers poèteSy qui montrent à la fois la face philosophique et littéraire de son talent.

FONTENELLE

Bernard ie Bovicr de Fontenellc naquit à Rouen le 11 février 1657. Neveu de Corneille par sa mère, il appartenait à une famille littéraire illustre. Après avoir fait des études de droit, et après avoir, comme avocat, plaidé une cause sans succès, il quitta le barreau pour se consacrer aux lettres. Ses débuts, dans cette nouvelle carrière, ne furent pas extrêmement heureux. Il écrivit quelques poésies légères pour le Mercure^ une comédie : la Comète^ qui fut publiée sous la signature de Visé, et une tragédie : Aspar, qui tomba sous les sifflets. U collabora ensuite à plusieurs opéras; composa, à l'exemple de Voiture, des lettres galantes en prose : les Lettres du Chevalier d'Her*** ; se joignit aux adversaires de Racine, et dans la querelle des Anciens et des Modernes prit résolument parti contre les anciens. Poète médiocre et froid, ses Églogues lui attirèrent peu de renommée ; au contraire, ses ouvrages en prose établirent à juste titre sa réputation. Il donna en 1683 des Dialogues des Morts^ œuvre intelligente et paradoxale, où il semble prendre plaisir à heurter de front les opinions les plus communément reçues ; puis, en 1685, ses Entretiens sur la pluralité des mondes^ qui le placent au premier rang parmi les vulgarisateurs scientifiques, et son Histoire des oracles^ écrit aigu, incisif, inquiétant à force de logique et de clarté, où l'incrédulité rationaliste du XVII® est en germe. Nommé en 1699, au moment où l'on réorganisa cette compagnie, secrétaire de l'Académie des Sciences, il s'appliqua à cette fonction avec tout le zèle dont

il était susceptible. Les Éloges qu'il fit des Académiciens sont des chefs-d'œuvre de tact, de convenance et de pénétration. Doué d'une robuste santé, et d'une puissance de travail exceptionnelle, Fontenelle mourut presque centenaire le 9 janvier 1757, après une vie que l'activité intellectuelle la plus intense, et que les plus hautes curiosités avaient parfaitement remplie.

La majeure partie du public français d'aujourd'hui ignore les écrits de Fontenelle ; et les critiques les plus autorisés s'accordent à penser que rien ne légitime un pareil oubli. Apparemment, il nous suffit de connaître ce qu'on dit de lui dans les manuels d'Histoire littéraire, et, pour y avoir lu qu'il était un des précurseurs du XVIIIe siècle, nous nous croyons dispensés d'en apprendre davantage à son sujet. Ceux d'entre nous qui ont parcouru les Caractères de La Bruyère ont d'ailleurs quelques préventions contre lui. Ils savent que Fontenelle y est dépeint sous le nom de Cydias^ et l'esquisse de La Bruyère n'est pas flattée. Ils ont toujours sous les yeux le pédant de salon qui, « après avoir toussé, relevé sa manchette, étendu la main et ouvert les doigts, débite gravement ses pensées sophistiquées et ses raisonnements quintessenciés ». Nous pouvons pardonner à La Bruyère son injustice pour Fontenelle. Par bien des côtés, le grand moraliste a conservé le goût du XVII® siècle. Il court le risque de ne voir qu'un précieux dans un écrivain qui, dans sa vie et dans ses ouvrages, eut avant tout la prétention d'être un homme d'esprit.

C'est qu'en effet, l'esprit et l'intelligence furent les qualités dominantes de Fontenelle. C'est à elles qu'il faut faire honneur de ses mérites, mais c'est elles aussi qu'il faut rendre responsables de ses défauts et de ses faiblesses. Dans la conduite de sa vie, son intelligence le servit, à merveille. Au jugement exact qu'il sut porter de bonne heure sur lui-même, il dut de ne point s'entêter à écrire des tragédies comme Aspar^ ou des poèmes comme les Églogues. Sa parfaite modération lui permit d'ailleurs de supporter aisément ces premiers déboires littéraires. Mais sa rare clairvoyance lui montra aussi dans

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