CHAPITRE IV
Cessation générale des oracles avec celle du paganisme.
En général, les oracles n'ont cessé qu'avec le paganisme, et le paganisme ne cessa pas à la venue de Jésus-Christ.
Constantin abattit peu de temples, encore n'osa-t-il les abattre qu'en prenant le prétexte des crimes qui s'y commettaient. C'est ainsi qu'il fit renverser celui de Vénus Aphacite et celui d'Esculape qui était à Égès en Cilicie, tous deux temples à oracles. Mais il défendit que l'on sacrifiât aux dieux et commença à rendre, par cet édit, les temples inutiles.
On trouve des édits de Constantius et de Julien, alors Césars, par lesquels toute divination est défendue sous peine de la vie, non seulement celle des astrologues et des interprètes des songes et des magiciens, mais aussi celle des augures et des aruspices, ce qui donnait une grande atteinte à la religion des Romains. Il est vrai que les empereurs avaient un intérêt particulier à défendre toutes les divinations, parce qu'on ne faisait autre chose que s'enquérir de leur destinée et principalement des successeurs qu'ils devaient avoir, et tel se révoltait et prétendéiit à l'empire pour avoir été flatté par un devin.
Nous avons vu qu'il restait encore beaucoup d'oracles lorsque Julien se vit empereur ; mais de ceux qui étaient ruinés, il s'appliqua à en rétablir le plus qu'il put. Celui du faubourg de Daphné, par exemple, avait été détruit par Adrien, qui, pendant qu'il était encore particulier, ayant trempé une feuille dans la fontaine Castalienne (car il y en avait une de ce nom à Daphné aussi bien qu'à Delphes), avait trouvé sur cette feuille, en la retirant de l'eau, l'histoire de ce qui lui devait arriver et des avis de songer à l'empire. Il craignait, quand il fut empereur, que cet oracle ne donnât le
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même conseil à quelque autre, et il fit jeter dans la fontaine sacrée une grande quantité de pierres dont on la boucha. Il y avait beaucoup d'ingratitude dans ce procédé ; mais Julien, selon Ammian Marcellin, rouvrit la fontaine ; il fit ôter d'alentour les corps qui y étaient enterrés et purifia le lieu de la même manière dont les Athéniens avaient autrefois purifié l'île de Délos.
Julien fit plus, il voulut être prophète de l'oracle de Didyme. C'était le moyen de remettre en honneur la prophétie qui n'était plus guère estimée. Il était souverain pontife, puisqu'il était empereur ; mais les empereurs n'avaient pas coutume de faire grand usage de cette dignité sacerdotale. Pour lui, il prit la chose bien plus sérieusement, et nous voyons, dans une de ses lettres qui sont venues jusqu'à nous, qu'en qualité de souverain pontife, il défend à un prêtre païen de faire, pendant trois mois, aucune fonction de prêtre. La lettre qu'il écrivit à Arsace, pontife de la Galatie, nous apprend de quelle manière il se prenait à faire refleurir le paganisme. Il se félicite d'abord des grands effets que son zèle a produits en fort peu de temps. Il juge que le meilleur secret pour rétablir le paganisme est d'y transporter les vertus du christianisme, la charité pour les étrangers, le soin d'enterrer les morts et la sainteté de vie que les chrétiens, dit-il, feignent si bien. Il veut que ce pontife, par raison ou par menaces, oblige les prêtres de la Galatie à vivre régulièrement, à s'abstenir des spectacles et des cabarets, à quitter tous les emplois bas ou infâmes, à s'adonner uniquement, avec toute leur famille, au culte des dieux et avoir l'œil sur les Galiléens pour réprimer leurs impiétés et leurs profanations. Il remarque qu'il est honteux que les juifs et les Galiléens nourrissent non seulement leurs pauvres, mais ceux des païens, et que les païens abandonnent les leurs et ne se souviennent plus que l'hospitalité et la libéralité sont des vertus qui leur sont propres, puisque Homère fait ainsi parler Eumée :
« Mon hôte, quand il me viendrait quelqu'un moins consi« dérable que toi, il ne me serait pas permis de ne le point recevoir. Tous viennent de la part de Jupiter, et étrangers et pauvres. Je donne peu, mais je donne avec joie. »
Enfin, il dit quelles distributions il a ordonné que l'on, fasse tous les ans aux pauvres de la Galatie et il commande à ce pontife de faire bâtir dans chaque ville plusieurs hôpi-
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taux où soient reçus non seulement les païens, mais aussi les autres. Il ne vent point que le pontife aille souvent voir les gouverneurs chez eux, mais seulement qu'il leur écrive, ni que les prêtres aillent au-devant d'eux quand ils entrent dans les villes, mais seulement quand ils viennent aux temples, encore ne veut-il pas qu'on les aille recevoir plus loin que le vestibule. Il défend à ces gouverneurs, dans cette occasion, de faire marcher devant eux des soldats, parce qu'alors ils ne sont que des personnes privées, mais il permet aux soldats de les suivre, s'ils veulent.
Avec ses soins et cette imitation du christianisme, Julien, s'il eût vécu, eût apparemment retardé la ruine de sa religion, mais Dieu ne lui laissa pas achever deux années de règne.
Jovien, qui lui succéda, commençait à se porter avec zèle à la destruction du paganisme ; mais en sept mois qu'il régna, il ne put pas faire de grands progrès.
Valens, qui eut l'empire d'Orient, permit à chacun d'adorer tels dieux qu'il voudrait et prit plus à cœur de soutenir l'arianisme que le christianisme même. Aussi, pendant son règne, on immolait publiquement et on faisait publiquement des repas de victimes immolées. Ceux qui étaient initiés aux mystères de Bacchus les célébraient sans crainte ; ils couraient avec des boucliers, déchiraient des chiens et faisaient toutes les extravagances que cette dévotion demandait.
Valentinien, son frère, qui eut l'Occident, fut plus zélé pour la gloire du christianisme ; cependant, sa conduite ne fut pas aussi ferme qu'elle eût dû être. Il avait fait une loi par laquelle il défendait toutes les cérémonies nocturnes. Prétextatus, proconsul de la Grèce, lui représenta qu'en étant aux Grecs ces cérémonies auxquelles ils étaient très attachés, on leur rendait la vie tout à fait désagréable. Valentinien se laissa toucher et consentit que, sans avoir d'égard à sa loi, on pratiquât les anciennes coutumes. Il est vrai que c'est Zosime, un païen, de qui nous tenons cette histoire ; on peut dire qu'il l'a supposée pour donner à croire que les empereurs considéraient encore les païens. On peut répondre aussi que Zosime, dans l'état où étaient les affaires de sa religion, devait être plutôt d'humeur à se plaindre du mal qu'on ne lui faisait pas qu'à se louer d'une grâce qu'on ne lui aurait pas faite.
Ce qui est constant, c'est que l'on a des inscriptions et de Rome et d'autres villes d'Italie, par lesquelles il parait que,
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sous l'empire de Valentinien, des personnes de grande considération firent les sacrifices nommés tauroholia et criobolia, c'est-à-dire aspersion de sang de taureau ou de sang de bélier. Il semble même, par la quantité des inscriptions, que cette cérémonie ait été principalement à la mode du temps de Valentinien et des deux autres empereurs du même nom.
Comme elle est une des plus bizarres et des plus singulières du paganisme, je crois qu'on ne sera pas fâché de la connaître. Prudence, qui pouvait l'avoir vue, nous la décrit assez au long.
On creusait une fosse assez profonde, où celui pour qui se devait faire la cérémonie descendait avec des bandelettes sacrées à la tête, avec une couronne, enfin avec tout un équipage mystérieux. On mettait sur la fosse un couvercle de bois percé de quantité de trous. On amenait sur ce couvercle un taureau couronné de fleurs et ayant les cornes et le front ornés de petites lames d'or. On regorgeait avec un couteau sacré ; son sang coulait par ces trous dans la fosse, et celui qui y était le recevait avec beaucoup de respect ; il y présentait son front, ses joues, ses bras, ses épaules, enfin toutes les parties de son corps et tâchait à n'en pas laisser tomber une goutte ailleurs que sur lui. Ensuite, il sortait de là hideux à voir, tout souillé de ce sang, ses cheveux, sa barbe, ses habits tout dégouttants ; mais aussi il était purgé de tous ses crimes et régénéré pour l'éternité, car il parait positivement, par les inscriptions, que ce sacrifice était pour ceux qui le recevaient une régénération mystique et éternelle.
II fallait le renouveler tous les vingt ans, autrement il perdait cette force qui s'étendait dans tous les siècles à venir.
Les femmes recevaient cette régénération aussi bien que les hommes. On y associait qui l'on voulait, et, ce qui est encore plus remarquable, des villes entières la recevaient par députés.
Quelquefois on faisait ce sacrifice pour le salut des empereurs. Des provinces faisaient leur cour d'envoyer un homme se barbouiller, en leur nom, de sang de taureau pour obtenir à l'empereur une longue et heureuse vie. Tout cela est clair par les inscriptions.
Nous voici enfin, sous Théodose et ses fils, à la ruine entière du paganisme.
Théodose commença par l'Egypte, où il fit fermer tous les
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temples. Ensuite, il alla jusqu'à faire abattre celui de Sérapis, le plus fameux de toute l'Egypte.
Selon Strabon, il n'y avait rien de plus gai dans toute la religion païenne que les pèlerinages qui se faisaient à Sérapis. « Vers le temps de certaines fêtes, dit-il, on ne saurait croire la multitude de gens qui descendent sur un canal d'Alexandrie à Canope où est ce temple. Jour et nuit, ce ne sont que bateaux pleins d'hommes et de femmes qui chantent et qui dansent avec toute la liberté imaginable. A Canope, il y a sur le canal une infinité d'hôtelleries qui servent à retirer ces voyageurs et à favoriser leurs divertissements. »
Aussi le sophiste Eunapius, païen, paraît avoir grand regret au temple de Sérapis et nous en décrit la fin malheureuse avec assez de bile. Il dit que des gens qui n'avaient jamais entendu parler de la guerre se trouvèrent pourtant fort vaillants contre les pierres de ce temple, et principalement contre les riches offrandes dont il était plein ; que dans ces lieux saints on plaça des moines, gens infâmes et inutiles, qui, pourvu qu'ils eussent un habit noir et malpropre, prenaient une autorité tyrannique sur l'esprit des peuples ; et que ces moines, au lieu des dieux que l'on voyait par les lumières de la raison, donnaient à adorer des têtes de brigands punis pour leurs crimes, qu'on avait salées afin de les conserver. C'est ainsi que cet impie traite les moines et les reliques. Il fallait que la licence fût encore bien grande du temps qu'on écrivait de pareilles choses sur la religion des empereurs. Rufin ne manque pas de nous marquer qu'on trouva le temple de Sérapis tout plein de chemins couverts et de machines disposées pour les fourberies des prêtres. Il nous apprend, entre autres choses, qu'il y avait à l'orient du temple une petite fenêtre par où entrait à certain jour un rayon du soleil qui allait donner sur la bouche de Sérapis. Dans le même temps, on apportait un simulacre du soleil, qui était de fer, et qui, étant attiré par de l'aimant caché dans la voûte, s'élevait vers Sérapis. Alors, on disait que le soleil saluait ce Dieu ; mais quand le simulacre de fer retombait et que le rayon se retirait de dessus la bouche de Sérapis, le soleil lui avait assez fait sa cour, et il allait à ses affaires.
Après que Théodose eut défait le rebelle Eugène, il alla à Rome où tout le sénat tenait encore pour le paganisme. La
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grande raison des païens était que, depuis douze cents ans, Rome s'était fort bien trouvée de ses dieux, et qu'elle en avait reçu toutes sortes de prospérités. L'empereur harangua le sénat et l'exhorta à embrasser le christianisme ; mais on lui répondit toujours que, par l'usage et l'expérience, on avait reconnu le paganisme pour une bonne religion, et que si on le quittait pour le christianisme, on ne savait ce qui en arriverait. Voilà quelle était la théologie du sénat romaia Quand Théodose vit qu'il ne gagnait rien sur ces gens-là, il leur déclara que le fisc était trop chargé des dépenses qu'il fallait faire pour les sacrifices, et qu'il avait besoin de cet argent-là pour payer ses troupes. On eut beau lui représenter que les sacrifices n'étaient point légitimes s'ils ne se faisaient de l'argent public, il n'eut point d'égard à cet inconvénient.
Ainsi les sacrifices et les anciennes cérémonies cessèrent, et Zosime ne manque pas de remarquer que, depuis ce temps-là, toutes sortes de malheurs fondirent sur l'empire romain.
Le même auteur raconte qu'à ce voyage que Théodose fit à Rome, Serena, femme de Stilicon, voulut entrer dans le temple de la mère des dieux pour lui insulter, et qu'elle ne fit point de difficulté de s'accommoder d'un beau collier que la déesse portait. Une vieille vestale lui reprocha fort aigrement cette impiété et la poursuivit jusque hors du temple avec mille imprécations. Depuis cela, dit Zosime, la pauvre Serena eut souvent, soit en dormant, soit en veillant, une vision qui la menaçait de la mort.
Les derniers efforts du paganisme furent ceux que fit Symmaque pour obtenir des empereurs Valentinien, Théodose et Arcadius le rétablissement des privilèges des vestales et de l'autel de la Victoire dans le Capitole ; mais on sait avec quelle vigueur saint Ambroise s'y opposa.
Il parait pourtant, par les pièces mêmes de ce fameux procès, que Rome avait encore l'air extrêmement païen, car saint Ambroise demande à Symmaque s'il ne suffit pas aux païens d'avoir les places publiques, les portiques, les bains remplis de leurs simulacres, et s'il faut encore que leur autel de la Victoire soit placé dans le Capitole, qui est le lieu de la ville où il vient le plus de chrétiens.
« Afin que ces chrétiens, dit-il, reçoivent malgré eux la fumée des sacrifices dans leurs yeux, la musique dans leurs
oreilles, les cendres dans leur gosier et l'encens dans leur nez. »
Mais lors même que Rome était assiégée par Alaric, sous Honorius, elle était encore pleine d'idoles. Zosime dit que, comme tout devait alors conspirer à la perte de cette malheureuse ville, non seulement on ôta aux dieux leurs parures, mais que l'on fondit quelques-uns de ces dieux, qui étaient d'or ou d'argent, et que de ce nombre fut la Vertu ou la Force, après quoi aussi elle abandonna entièrement les Romains. Zosime ne doutait pas que cette belle pointe ne renfermât la véritable cause de la prise de Rome.
On ne sait si, sur la foi de cet auteur, on peut recevoir l'histoire suivante. Honorius défendit à ceux qui n'étaient pas chrétiens de paraître à la cour avec un baudrier, ni d'avoir aucun commandement. Générid, païen, et même barbare, mais très brave homme, qui commandait les troupes de Pannonie et de Dalmatie, ne parut plus chez l'empereur, mit bas le baudrier et ne fit plus aucunes fonctions de sa charge. Honorius lui demandant un jour pourquoi il ne venait pas au palais en son rang, selon qu'il y était obligé, il lui représenta qu'il y avait une loi qui lui ôtait le baudrier et le commandement. L'empereur lui dit que cette loi n'était pas pour un homme comme lui ; mais Générid répondit qu'il ne pouvait recevoir une distinction qui le séparait d'avec tous ceux qui professaient le même culte. En effet, il ne reprit point les fonctions de sa charge, jusqu'à ce que l'empereur, vaincu par la nécessité, eût lui-même rétracté sa loi. Si cette histoire est vraie, on peut juger qu' Honorius ne contribua pas beaucoup à la ruine du paganisme.
Mais enfin, tout l'exercice de religion païenne fut défendu, sous peine de la vie, par une constitution des empereurs Valentinien III et Martien, l'an 451 de Jésus-Christ. C'était là le dernier coup que l'on pût porter à cette fausse religion. On trouve pourtant que ces mêmes empereurs, qui étaient si zélés pour l'avancement du christianisme, ne laissaient pas de conserver quelques restes du paganisme, peut-être assez considérables. Ils prenaient, par exemple, le titre de souverains pontife Si et cela voulait dire souverains pontifes des augures, des aruspices, enfin de tous les collèges des prêtres païens et chefs de toute l'ancienne idolâtrie romaine.
Zosime prétend que le grand Constantin même, et Valentinien et Valens reçurent volontiers des pontifes païens, et
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ce titre et l'habit de cette dignité, qu'on leur allait offrir, selon la coutume, à leur avènement à l'empire ; mais que Gratien refusa l'équipage pontifical, et que quand on le rapporta aux pontifes, le premier d'entre eux dit tout en colère : « Si princeps non vuît appellari pontifex^ admodum hrevi pon^ tifex Maximus fîet » (1). C'est une pointe attachée aux mots latins et fondée sur ce que Maxime se révoltait alors contre Gratien pour le dépouiller de l'empire.
Mais un témoignage plus irréprochable sur ce ohapitre-là que celui de Zosime, c'est celui des inscriptions. On y voit le titre de souverain pontife donné à des empereurs chrétiens ; et même dans le sixième siècle, deux cents ans après que le christianisme était monté sur le trône, l'empereur Justin, parmi toutes ses autres qualités, prend celle de souverain pontife dans une inscription qu'il avait fait faire pour la ville de Justinopolis, en Istrie, à laquelle il donnait son nom»
Être un des dieux d'une fausse religion, c'est encore bien pis que d'en être le souverain pontife. Le paganisme avait érigé les empereurs romains en dieux; et pourquoi non? Il avait bien érigé la ville de Rome en déesse. Les empereurs Théodose et Arcadius, quoique chrétiens, souffrent que Symmaque, ce grand défenseur du paganisme, les traite de votre divinité^ ce qu'il ne pouvait dire que dans le sens et selon la coutume des païens ; et nous voyons des souscriptions en l'honneur d'Arcadius et d'Honorius qui portent : Un tel dévoué à leur divinité et à leur majesté.
Mais les empereurs chrétiens ne reçoivent pas seulement ces titres, ils se les donnent eux-mêmes. On ne voit autre chose dans les constitutions de Théodose, de Valentinien, d'Honorius et d'Anastase. Tantôt ils nomment leurs édits des statuts célesteSf des oracles divins ; tantôt ils disent très nettement : la très heureuse expédition de notre divinité, etc.
On peut dire que ce n'était là qu'un style de chancellerie ; mais c'était un fort mauvais style, ridicule pendant le paganisme même, et impie dans le christianisme ; et puis n'est^il pas merveilleux que de pareilles extravagances deviennent des manières de parler familières et communes, dont on ne peut plus se passer ?
(i) Si rempereur ne veut pas qu'on rappelle pontife, c'est Maximus qui deviendra bientôt pontife.
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La vérité est que la flatterie des sujets pour leurs maîtres et la faiblesse naturelle des princes pour les louanges maintinrent l'usage de ces expressions plus longtemps qu'il n'aurait fallu. J'avoue qu'il faut supposer et cette flatterie et cette faiblesse extrêmes, chacune dans son genre ; mais aussi ces deux choses-là n'ont-elles pas de bornes. On donne sérieusement à un homme le nom de Dieu ; cela n'est presque pas concevable, et ce n'est pourtant encore rien. Cet homme le reçoit : il le reçoit si bien, qu'il s'accoutume lui-même à se le donner : et cependant ce même homme avait une idée sainte de ce que c'est que Dieu. Ajustez -moi tout cela d'une manière qui sauve l'honneur de la nature humaine.
Quant au titre de souverain pontife, il n'était pas si flatteur que la vanité des empereurs chrétiens fût intéressée à se le conserver. Peut-être croyaient-ils qu'il leur servirait à tenir encore plus dans le respect ce qui restait de païens ; peutêtre n'eussent-ils pas été fâchés de se rendre chefs de la religion chrétienne à la faveur de l'équivoque. En effet, on voit quelques occasions où ils en usaient assez en maîtres, et quelques-uns ont écrit que les empereurs avaient renoncé à ce titre par l'égard qu'ils avaient eu pour les papes, qui, apparemment, en craignaient l'abus.
Il n'est pas si surprenant de voir passer dans le christianisme, pour quelque temps, ces restes du paganisme, que de voir ce qu'il y avait dans le paganisme de plus extravagant, de plus barbare et de plus opposé à la raison et à l'intérêt commun des hommes, être le dernier à finir ; je veux dire les victimes humaines. Cette religion était étrangement bigarrée ; elle avait des choses extrêmement gaies et d'autres très funestes. Ici les dames vont dans un temple accorder, par dévotion, leurs faveurs aux premiers venus, et là, par dévotion, on égorge des hommes sur un autel. Ces détestables sacrifices se trouvent dans toutes les nations. Les Grecs les pratiquaient aussi bien que les Scythes, mais non pas à la vérité aussi fréquemment ; et les Romains qui, dans un traité de paix, avaient exigé des Carthaginois qu'ils ne sacrifieraient plus leurs enfants à Saturne, selon la coutume qu'ils en avaient reçue des Phéniciens leurs ancêtres, les Romains eux-mêmes immolaient tous les ans un homme à Jupiter Latial. Eusèbe cite Porphyre, qui le rapporte comme une chose qui était encore en usage de son temps. Lactance et Prudence, l'un du commencement et l'autre de la fin du quatrième siècle, nous
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en sont garants aussi, chacun pour le temps où il vivait. Ces cérémonies pleines d'horreur ont duré autant que les oracles, où il n'y avait tout au plus que de la sottise et de la crédulité.