LA FONTAINE
Lorsqu'on a entendu parler de La Fontaine, et qu'on vient de lire ses ouvrages, on est étonné d'y trouver, je ne dis pas plus de génie, mais même de ce qu'on appelle d'esprit, qu'on n'en trouve dans le monde le plus cultivé. On remarque avec la même surprise la profonde intelligence qu'il fait paraître de son art ; et on admire qu'un esprit si fin ait été en même temps si naturel.
Il serait superflu de s'arrêter à louer l'harmonie variée et légère de ses vers ; la grâce, le tour, l'élégance, les charmes naïfs de son style et de son badinage. Je remarquerai seulement que le bon sens et la simplicité sont les caractères dominants de ses écrits. Il est bon d'opposer un tel exemple à ceux qui cherchent la grâce et le brillant hors de la raison et de la nature. La simplicité de La Fontaine donne de la grâce à son bon sens, et son bon sens rend sa simplicité piquante : de sorte que le brillant de ses ouvrages naît peutêtre essentiellement de ces deux sources réunies. Rien n'empêche au moins de le croire : car pourquoi le bon sens, qui est un don de la nature, n'en aurait-il pas l'agrément ? La raison ne déplaît, dans la plupart des hommes, que parce qu'elle leur est étrangère. Un bon sens naturel est presque inséparable d'une grande simplicité ; et une simplicité éclairée est un charme que rien n'égale.
Je ne donne pas ces louanges aux grâces d'un homme si sage, pour dissimuler ses défauts. Je crois qu'on peut trouver dans ses écrits plus de style que d'invention, et plus de négligence que d'exactitude. Le nœud et le fond de ses contes ont peu d'intérêt, et les sujets en sont bas. On y remarque quelquefois bien des longueurs, et un air de crapule qui ne saurait plaire. Ni cet auteur n'est parfait en ce genre, ni ce genre n'est assez noble.
RÉFLEXIONS CRITIQUES