ACTE I, SCÈNE V
M. HILAIRE
Particulièrement pour la chère voisine.
MADAME GERMAIN
Monsieur...
Sans oublier et Charle et la cousine.
SUZETTE
Ces dames ont, monsieur, beaucoup trop débouté.
M. GERMAIN, avec affectation.
De votre fille, hier, moi, je fus enchanté.
M. HILAIRE
Ah ! mon cher!
M. GERMAIN
Sans vouloir lui donner de louange, Elle a chanté, touché du piano comme un ange.
M. HILAIRE
Vous la flattez.
M. GERMAIN
Mais non.
M. HILAIRE
Elle a quelques talents.
Je lui donnai d’abord des maîtres excellents,
Ce qu’on a de meilleur à Morlaix; je m’en pique. Nous perfectionnons sa danse, sa musique, Surtout son bon français; j’arrête ce matin Un maître plein de goût, de Quimper-Gorentin.
MADAME GERMAIN
De Quimper-Corentin! c’est puiser à la source.
Mais oui.
M. HILAIRE
Notre Morlaix a si peu de ressources !
M. GERMAIN
Et voilà comme on forme un excellent sujet! Votre fille est charmante.
S UZETTE, à part.
Oh ! qu’elle me déplaît !
M. GERMAIN, toujours avec affectation.
Au reste, je parlais à mon fils, à ma femme,
LA FAMILLE BRETONNE
D’un projet qui me rit, me touche au fond de Pâme; Vous savez...
H. HILAIRE
C’est aussi le plus cher de mes vœux
M. GERMAIN
Si vous le désirez, quant à moi je le veux ;
Oui, j’y suis décidé, quoi qu'on dise et qu’on fasse
M. HILAIRE
Je ne vois point le frère?
M. GERMAIN, vivement.
11 est sorti.
Se porte-t-il?...
M. HILAIRE
De grâce,
M. GERMAIN
Très-bien. Le point essentiel...
M, HILAIRE, à part.
Seraient-ils brouillés? bon.
(Haut.)
Ce cher monsieur Marcel, Toujours vif, disputeur comme à son ordinaire?
M. GERMAIN
Pins que jamais ; mais quoi ! parlons de notre affaire.
M. HILAIRE
Ah ! le cher frère et vous, vous avez querellé.
MADAME GERMAIN
Ce n’est rien.
M. HILAIRE
Sûrement.
(A Germain.)
Quel nouveau démêlé?...
M. GERMAIN
Vous connaissez Marcel et son humeur.
M. HILAIRE
Sans doute,
Elle est rare, en effet ; tous deux je vous écoute,
Et j’admire son ton contrariant, mutin,
El votre complaisance.