ACTE I, SCÈNE V
M. GERMAIN
Ecoutez donc... enfin
La patience échappe.
M. HILAIRE
Un querelleur semblable Impatiente; il est vraiment insupportable.
M. GERMAIN
Insupportable? Oh ! mais le terme est un peu fort ; Mon frère est quelquefois un peu taquin, d’accord ; Mais il est bon.
M. HILAIRE
Sans doute ; il est loyal, honnête ; Mais il a, franchement, une terrible tête.
Terrible.
M. HILAIRE
Revenons à ce charmant projet.
Ah ! -oui.
M. GERMAIN
M. HILAIRE
Tantôt encor ma femme s’affligeait Des délais que toujours essuya cete affaire.
M. GERMAIN
Oh bien 1 ce n’est pas moi désormais qui diffère.
M. HILAIRE
Ni moi non plus, mon cher, puisqu’il en est ainsi.
M. GERMAIN
Cela ne peut pas plaire à tout le monde ici.
Mais qu’importe? Aprèstout, ne suis-je pas le maître?
M. HILAIRE
En effet, mon voisin.
M. GERMAIN
Oui, je ferai connaître Si c’est au père ou bien à l’oncle à décider.
Sans doute ; il est des cas où l’on pourrait céder,
Ou déférer du moins aux volontés contraires Qu’en ces occasions peuvent montrer des frères ;
LA FAMILLE RTîF.TONNE.
LA FAMILLE BRETONNE
Ici vous n’avez rien de tel à ménager.
M. GERMAIN
Comment !
De quoi?
M. HILAIRE
Vous ne courez, je crois, aucun danger.
M. GERMAIN
M. HILAIRE
Votre refus, en cette circonstance,
Ne vous privera pas d’un héritage immense.
Qu’entendez-vous par là ?
M. HILAIRE
Mais que le cher Marcel Ne peut nous faire à tous ni bien ni mal.
M. GERMAIN
O ciel 1
Vous lui reprocheriez son défaut de fortune !
M. HILAIRE
Je ne dis pas...
M. GERMAIN
Eh quoi ! pour n’en avoir aucune, Pour être malheureux, faudra-t-il qu’aujourd’hui On ait moins de tendresse et de respect pour lui ?
En est-il moins leur oncle ? en est-il moins mon frère? 11 est pauvre! Ehl c*’était un motif, au contraire,
Pour redoubler d'égards... Et moi!., ciel! qu’ai-je fait! J’ai maltraité, blessé, j’ai lassé tout à fait Mon frère, mon ami qui se voit dans la gêne,
Qui s’adresse à moi seul pour soulager sa peine,
Qui demeure chez moi! Je fus assez cruel!
Ah! je cours de ce pas, je vais chercher Marcel:
A ce frère si bon je vais demander grâoe:
11 faut qu’il me pardonne, il faut que je l’embrasse.
Ma femme... Excusez-moi, mon cher, maisje ne puis.. Je n’aurai de repos...
(En s’en allant.)
Malheureux que je suis!