‹ [Œuvres choisies]Chapitre 13 sur 558 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

M. DE CRAC

Sans doute ; un gentilhomme Doit servir, et surtout iAaand dé Crac il se nomme.

FRANGHEVAL.

Toujours en cé château jé vous vis confiné.

VERD AG

Monsieur parle d’un temps où vous n’étiez pas né.

Oui, j’ai servi-très jeune ; ét jé puis bien vous dire Qué jé savais mé vattre avant dé savoir lire.

SAINT-BRICE

Ah ! je le crois. Piqué de son air de hauteur.

A dix ans, je me bats contre mon précepteur ;

Je le tue.

VERDAG.

A dix ans? Moi je fus moins précoce,

M. DE CRAC, s’animant.

La bataille, pour moi ! c’était un jour dé noce.

J’ai vu plus d’uné guerre ; allez, jé vous promets Qué jé n’ai pas servi, messieurs, en temps dé paix. Avec Saxe j’ai fait les guerres d’Allemagne,

Et jé né couchai point dé toute uné campagne. Trois fois dans un combat jé changeai dé chéval, Et j’ai sauvé la vie à notré général.

Il est réconnaissant, il faut que je’n convienne.

SAINT-BRI CE

Votre histoire, monsieur, me rappelle la mienne: J’ai pris seul, en Turquie, une ville d’assaut.

VER D AC

Tout seul?

SAINT-BRICE

Oui.

M. DE CRAC, à part.

Cé monsieur n’est jamais en défaut.

FRANGHEVAL,

11 n’était donc, monsieur, pas un chat dans la place ?

SAINT-BRICE, à M. de Crac.

Les guerres d’Amérique, en fûtes-vous, de grâce?

MONSIEUR DE CfRAC.

MONSIEUR DE CRAC

M. DE CRAC

Ah ! jé brûlais d’en être ; eh mais, voyez un peu !

Moi qui traversérais un océan dé feu,

Jé crains l’eau... non dé peur ; mais elle m’incommode ; J’ai manqué pour céla lé beau siège dé Rhode.

SAINT-BRICE

Eh bien ! moi, j’en étais. J’aime un combat naval.

M. DE CRAC

J’eus l’un dé mes aïeux fameux vice-amiral.

Au combat dé Lépante, on comptait bien lé prendre ; Mais il sé fit sauter, plutôt qué dé sé rendre.

En un cas tout pareil, je fis le même saut ;

Et me voilà.

VERDAC, àM. de Crac.

Gô saut ressemble à sou assaut.

SAINT-BRICE

Sur la frégate anglaise, au milieu du pont même, J’allai tomber debout, tout armé, moi cinquième.

VERDAC.

L’équipagé, monsieur, dut bien être étonné.

SAINT-BRICE

Ils se rendirent tous, et je les enchaînai.

M. DE CRAC

Dé plus fort en plus fort. Allons nous mettre à table.

VERDAC.

Cetté transition, d’honneur, est admirable.

M. DE CRAC

Jé mé sens appétit, comme un chasseur enfin.

VERDAC.

Moi, sans avoir chassé, d'un chasseur j’ai la faim.

M. DE CRAC

Pour moi lé déjeuner est é ré pas que j’aime.

VERDAC.

£’est mon meilleur aussi.

FRANCHEVAL.

Mais vous dînez dé même.

VERDAC.

Tout est si bôn ici, même à tous les répas 1

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