ACTE II, SCÈNE XV
M. MARCEL
Double union! (le qui?
M. GERMAIN
Rien, rien.
M. MARCEL
Si fait, je pense;
Jé vous entends parler d’une double alliance.
M. HILAIRE
Il est bien vrai, monsieur; c’est qu’il s’agit...
M. MARCEL
Quel est donc ce mystère?
Un mystère?
M. MARCEL
De quoi?
Oui, pour moi;
Car enfin vous parlez d’un projet que j’ignore.
MADAME GERMAIN, à part.
O ciel! et je n’ai pule prévenir encore!
M. GERMAIN
C’est que je n’ai pas eu le temps... mon cher Marcel, De te communiquer un dessein...
M. MARCEL
Et lequel?
Mais c’était...
M. GERMAIN
M. HILAIRE, ri renient.
Oui, de faire une seule famille,
D’unir en meme temps et Charle avec ma fille,
Et Maurice, mon fils, avec Suzctte.
M. MARCEL, laissant tomber ses bouquets, et de sang-froid.
Ah! bon!
Voilà le plan formé.
M. GERMAIN
Formé, pas encor, non;
C’est, comme je disais, un conseil de ma femme; Mais une simple idée...
M. MARCEL
Ah ! fort bien ! c’est madame
LA FAMILLE BRETONNE
Oui vous a, dites-vous, donné ce beau conseil?...
£h quoi! ma belle-sœur me joue un tour pareil ?
MADAME GE R MAIN
Mon frère, permettez... qu’ici je vous explique...
M. MARCEL
Des explications ! Eh! la seule réplique,
C’est de nier le fait.
MADAME GERMAIN, à demi-voix .
De grâce, écoutez-moi.
M. MARCEL
Désavouez ce plan, s’il est faux.
Eh! pourquoi
Madame nîrait-elle un dessein raisonnable,
Un double mariage, en un mot, très-sortable!
M. MARCEL, s'échauffant par degrés.
Eh! ce n’est point à vous que je parle, monsieur: Qu’ai-je à vous dire, moi? J’interroge ma sœur,
Mon frère; mais tous deux ne savent que répondre; Et leur propre embarras suffit pour les confondre. Fort bien! c’est donc ainsi que vous formez des plans. Et que vous mariez, en frères, nos enfants?
M. GERMAIN
Mon frère!
M. MARCEL
C’est ainsi qu’oubliant vos promesses , Les vœux de notre sœur,
(Montrant Charles et Suzette.)
Et môme leurs tendresses, Bans daigner seulement demander mon avis...
Je ne dis rien pour Charte, au fait, c’est votre fils; Mais je voudrais savoir de quel droit on dispose De Suzette.
(A M. Hilaire.)
Monsieur ignore, je suppose,
Que de la marier moi seul j’ai le pouvoir.
Ah! monsieur!... j’ignorais...