MADAME GERMAIN, SUZETTE
SUZETTE
Ma chère tante !
MADAME GERMAIN
Eh bien! quoi ? les larmes aux yeux !
SUZETTE
Je viens vous faire à tous mes adieux.
MADAME GERMAIN
Tes adieux !
SUZETTE
Hélas, oui! nous partons, ma tante.
MADAME GERMAIN
Est-il possible?
Quoi! tout de bon? Ainsi ton oncle est inflexible? Ainsi des bras d’un frère il pourra s’arracher?
SUZETTE
Mes prières, mes pleurs, rien n’a pu le toucher.
C’en en fait: tout est prêt, la place est arrêtée,
Et la dernière malle est enfin emportée.
Mon oncle l’accompagne.
O ciel! il est donc vrai?
Nous n’obtiendrons pas même un seul jour de délai?
SUZETTE
Non; nous partons ce soir, dans deux heures.
MADAME GERMAIN
Suzette,
Tu sais combien je t’aime, et si je te regrette;
Mais, si ton cher tuteur persiste jusqu’au bout,
S’il part, tu dois partir et le suivre partout.
SUZETTE
Je le sais bien, ma tante.
MADAME GERMAIN
Il n’est pas nécessaire Que je te recommande ici notre bon frère,
LA FAMILLE BRETONNE
Que je te prie, enfin, d’avoir bien soin de lui;
C’est ce que ma Suzette a fait jusqu’aujourd’hui.
SUZETTE
Oui; mois...
â MADAME GERMAIN.
Par cet espoir je me sens soulagée:
,on bonheur être seule chargée:
mon enfant, d’égards, d’attentions;
Ton orîêlè aura besoin de consolations:
Tâche de le distraire et de charmer ses peines;
11 en aura, sans doute.
SUZETTE
Et moi, j’aurai les miennes.
Comment pourrai-je, moi, seule, le consoler?
MADAME GERMAIN
Essaie: un jour, de nous situ peux lui parler, Peins-lui bien nos regrets, nos vœux, notre tendresse, De son frère surtout la profonde tristesse.
SUZETTE
Oui, ma tante.
MADAME GERMAIN
A ses yeux tâche de m’excuser...
Tu sais ce qu’il en est; ainsi, pour l’apaiser, Assure-le qu’il fut trompé par l’apparence.