‹ [Œuvres choisies]Chapitre 183 sur 558 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

MER VILLE

Jule est tout fier d'avoir quatre ans de moins que moi.

(A Lorsan.)

Mais je voudrais avoir tes vingt-cinq ans, à toi, Lorsan, et posséder ton bon ton et tes grâces.

LORSAN.

Ah ! tu vas assez bien.

MERVILLE

Eh ! oui, je suis tes traces,

Mais de loin.

LORSAN.

On n’arrive à tout que par degrés ;

Au point où me voilà, tous deux vous parviendrez.

JULE.

Oui, bientôt, je m’en flatte.

MERVILLE

Un jour, de moi, peut-être, Les connaisseurs diront : « Il eut Lorsan pour maître.»

LORSAN.

Eh ! l’on ne doit avoir d’autre maître que soi ;

Moi, je pense et j’agis, et je vis d’après moi.

Je ne me suis jamais fait un devoir de suivre L’exemple de personne, ou d’ouvrir un seul livre.

J’ai pour livre le monde, il suffit ; mon désir Fait ma règle et ma loi, mon but c’est le plaisir.

JULE.

Bon principe.

MERVILLE, à Jule.

Ecoutons.

LORSAN.

Oui, gravez dans vos âmes Qu’il n’est que trois vrais biens; l’or, le crédit, les

[femmes:

Tous les moyens sont bons pour ces triples faveurs, Que le pédant se fâche, et crie: « O temps ! ô mœurs! i Que la vieillesse, hélas ! gronde et nous porte envie ; Nous autres jeunes gens, jouissons de la vie ;

Enfin, rions de tout, ne nous refusons rien ;

De ce régime-là nous nous trouverons bien.

Bravo l

JULE.

LORSAN.

Tu ne dis mot, Mervilie ?

M ER VILLE

Et j’admire.

Moi, j’écoute

LORSAN.

A propos, il est trop tôt sans doute Pour voir l’aimable sœur.

JULE.

Il est un peu matin.

LORSAN.

Ah çàl (car vous tenez dans vos mains mon destin,) Puis-je enfin espérer?... dis-moi, mon cher Mervilie..

MER VILLE

Oh 1 ma sœur est à toi. Mon ami, sois tranquille :

Je te l’ai promise.

JULE.

Oui; nous te la promettons.

MERVILLE, à Jule, d’un air important.

Laisse-nous donc. Tu sais, sans prendre ici de tons, Que j’ai quelque ascendant sur ma sœur, sur ma mère: Cela doit être ainsi ; parce qu’enfin mon père Etant mort, je suis, moi, le chef de la maison.

JULE, piqué.

Comment clone! c’est tout simple, et mon frère a raison. L’intervalle qu’a mis entre nous la naissance.

Me condamne au respect, même à l’obéissance.

Jule, allons...

MERVILLE, à Lorsan.

De tout temps, je te la destinai ;

Du fond de sa province ici je l’amenai,

Grâce à moi, sans reproche, assez bien prévenue : Elle n’a pas changé de pensée à ta vue.

LORSAN.

Du moins je le présume : au fait, j’espère un peu. Je n’ai pu d’elle encore obtenir un aveu.

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