ACTE I, SCÈNE VI
MADAME MERVIUE.
Quoi?
M, DE NAUDÉ
Je vous vais ici faire une autre prière,
Plus importante encor, pour moi, que la première; Et je sens qu’un refus ne serait plus cruel.
MADAME MERVILLE
Mon ami, vous prenez un ton bien solennel.
M. DE NAUDÉ
Oui, j’ose, comme ami de toute la famille. Vous demander la main de votre aimable fille.
Pour qui donc ?
M. DE NAUDÉ
Pour moi-même.
MADAME MERVILLE
Ah! Dieu! pour vous?
M. DE NAUDÉ
Pour moi.
MERVILLE
Le trait est neuf.
Tout de bon?
JU LE
Et gai.
MADAME MERVILLE
Vous plaisantez ?
M. DE NAUDÉ
LORSAN, riant.
En quoi?
M. DE NAUDE.
Mon aveu dût-il sembler bizarre, Oui, pour votre rival ici je me déclare.
LES DEUX FRÈRES
Ah!
LORSAN.
C’est ce que toujours j’avais su redouter.
M. DE NAUDÉ
Soit, redoutable ou non, j’ose me présenter.
MERVILLK.
Monsieur persiste ; enfin, il faudra bien le croire.
J ULE.
Cet amour-là, vraiment, va te combler de gloire.
M. DE N AU DÉ
Pour votre aimable sœur, il ne surprendra pas.
Eh ! qu’importent les ans ? tant de vertus, d’appas, Doivent charmer, fixer tous les goûts, tous les âges, Piajeunir les vieillards, comme enflammer les sages.
MADAME MERVILLE
(A demi-voix à Mer ville.)
Oui ! mon fils, écoutons : ceci devient piquant.
MERVILLE
J’écoute.
Et cet amour ne naît pas dans l’instant,
Belle Euphrasie; oh ! non, dès longtemps je vous aime, Et d’un attachement vrai, pur comme vous-même.
MERVILLE
Monsieur le disait bien, il s’enflamme.
JULE.
Oui, vraiment;
Et même il rajeunit; c’est adroit.
EUPHRASIE, à ses frères.
Doucement.
M. DE NAUDÉ
Je leur pardonne tout; ne sont-ils pas vos frères?
Mes vœux, mes sentiments, sont honnêtes, sincères;
(â Lorsan.)
Il suffit. J’ose ici vous disputer un cœur,
Jeune homme; nous verrons qui sera le vainqueur.
LORSAN.
J’accepte le défi. Vous, charmante Euphrasie,
Jugez entre nous deux. Malgré ma jalousie,
Voyez ma confiance, en cet instant fatal :
Je sors, et près de vous je laisse mon rival.
(il sort.)
■J U LE, en sortant, à M. de Naudé.
Adieu, beau-frère.