‹ [Œuvres choisies]Chapitre 196 sur 558 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

EUPHRASIE, OLIVIER

OLIVIER, entrant par la gauche avec empressement.

Me voici, ma cousine.

EUPHRASIE, surprise.

Ab ! ciel c’est vous ?

OLIVIER

Eh! oui. Bon Dieu! quel cri d’effroi!

Est-ce que par hasard vous auriez peur de moi?

EUPHRASIE

Oh! non, ce n’était pas un cri d’effroi sans doute : Vous savez cher cousin, quelle douceur je goûte...

Et moi donc ! je n’ai pas de plus touchant plaisir... Mais, que dis-je de plus? je n’ai pas à choisir ;

Vous parler, vous entendre est mon bonheur unique.

EUPHRASIE

Ah ! je vous crois.

OLIVIER

Tenez, loin de vous je m’applique, Sans relâche, aux détails, aux soins de mon état ;

Je dévore avec zèle un travail long, ingrat :

Gela même m’est doux; et je jouis d’avance,

En songeant que je vais trouver ma récompense.

EUPHRASIE

Pour moi, je ne fais pas de ces grands travaux-là; Mais je m’occupe; eh bien! je me dis : « Il viendra,

« Nous causerons, lirons : » cet espoir me ranime.

OLIVIER

Est-il bien vrai ! je suis si fier de votre estime !

Vous ne dédaignez pas, vous, un pauvre parent.

EUPHRASIE

Vous dédaigner?

OLIVIER

Voyez quel air indifférent Chacun me montre ici ! votre maman, vos frères Me regardent à peine, et ne m’écoutent guères.

EUPHRASIE

Quelle injustice !

OLI VIER

A vous seulement je m’en plains; J'oublie, en vous voyant, tous ces petits chagrins. Mais vous, qui me plaignez, n’ avez-vous pas de peines? Vous soupirez; je crains...

EUPHRASIE

Hélas! qui n’a les siennes?

Votre tort est ici d’être pauvre; et le mien,

Ou plutôt mon malheur, c'est d’avoir trop de bien ; Puisqu’enfm je ne dois qu’à ma seule fortune,

De ce monsieur Lorsan, la recherche importune.

OLIVIER

Quoi?...

EUPHRASIE

Je n’avais pas vu le danger de si près ;

J’ai peu craint jusqu’ici cet amant : j'espérais Que ses nombreux défauts, désabusant ma mère,

Lui feraient tôt ou tard abjurer sa chimère ;

J’étais bien dans l’erreur, et je vois aujourd’hui Qu'elle redouble encor d’affection pour iui ;

Mes deux frères, surtout Merville, le soutiennent ;

Et je s ns trop qu’au point où les choses en viennent, Il faut que je m’explique enfin ; moi, l’épouser !... Mais d’un autre côté comment le refuser?

OLIVIER

Que cette alternative est pour moi douloureuse Je consens à souffrir si vous êtes heureuse !

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