‹ [Œuvres choisies]Chapitre 197 sur 558 · EU P II U ASIE · texte numérisé non relu

EU P II U ASIE

Tu sais t’occuper, toi.

J U LE

Oui, vous savez aussi vous occuper, je voi ;

Je viens vous déranger, peut-être? c’est dommage : Vous lisiez, travailliez : c’est assez votre usage.

OLIVIER

Et toi, ne lis-tu pas quelquefois ?

Mon Dieu! non.

Je ne lis presque plus ; on ne fait rien de bon.

OLIVIER

Jule tranche, décide... oh! c’est un homme habile.

EUPHRASIE

Gomment donc ! il a fait tout seul un vaudeville.

JULE.

Et moi, je vous soutiens (enfin on s’y connaît),

Qu’on pourrait faire mieux que tout ce qu’on a fait. Oui, nos plus grands auteurs...

EUPHRASIE

En vérité, mon frère !...

JULE.

Les réputations ne m’en imposent guère.

J’examine et je juge.

OLIVIER

I(A Euphrasie.)

Oh ! sans doute. Écoulons :

Voici Jule qui va nous faire des leçons.

JULE.

Non, mais ce que je dis, je le prouve sans peine :

(Il prend un livre.)

Par exemple, tenez... je trouve La Fontaine...

La Fontaine est charmant; mais il est négligé,

Le bon homme.

EUPHRASIE

Voilà La Fontaine jugé.

JULE.

Des poètes meilleurs dont le nom seul enflamme,

C/est Boileau, c’est Racine.

OLIVIER

Oui !

J ULE.

C’est dommage.

Boileau n’a point d’âme ;

EUPHRASIE

Et Racine ?

JULE.

Ah ! comme il parle au cœur !

Ses vers ont une grâce, un charme;... par malheur,

Il est faible en ses plans.

Aimes-tu mieux Voltaire ?

JULE.

Poëte inimitable, unique, un dieu sur terre :

Mais il rime très-mal, et toujours de l’esprit,

Et superficiel dans tout ce qu’il écrit.

EUPHRASIE

Le dieu sur terre?...

JULE.

Oh! moi, librement je m’exprime.

OLIVIER

Tu ne nous parles point de Corneille ?

JULE.

Sublime !

C’est le père, en un mot..., mais il a bien vieilli ; C’est comme ton Molière, il tombe dans l’oubli.

OLIVIER

Mais tous ces grands auteurs que d’abord tu nous vantes Sont réduits presqu’à rien par tes notes savantes.

JULE.

On a le droit d’avoir un avis.

OLIVIER

Pourquoi pas ?

OLIVIER

Moi? rien.

Me nîrais-tu?...

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