EU P II U ASIE
Tu sais t’occuper, toi.
J U LE
Oui, vous savez aussi vous occuper, je voi ;
Je viens vous déranger, peut-être? c’est dommage : Vous lisiez, travailliez : c’est assez votre usage.
OLIVIER
Et toi, ne lis-tu pas quelquefois ?
Mon Dieu! non.
Je ne lis presque plus ; on ne fait rien de bon.
OLIVIER
Jule tranche, décide... oh! c’est un homme habile.
EUPHRASIE
Gomment donc ! il a fait tout seul un vaudeville.
JULE.
Et moi, je vous soutiens (enfin on s’y connaît),
Qu’on pourrait faire mieux que tout ce qu’on a fait. Oui, nos plus grands auteurs...
EUPHRASIE
En vérité, mon frère !...
JULE.
Les réputations ne m’en imposent guère.
J’examine et je juge.
OLIVIER
I(A Euphrasie.)
Oh ! sans doute. Écoulons :
Voici Jule qui va nous faire des leçons.
JULE.
Non, mais ce que je dis, je le prouve sans peine :
(Il prend un livre.)
Par exemple, tenez... je trouve La Fontaine...
La Fontaine est charmant; mais il est négligé,
Le bon homme.
EUPHRASIE
Voilà La Fontaine jugé.
JULE.
Des poètes meilleurs dont le nom seul enflamme,
C/est Boileau, c’est Racine.
OLIVIER
Oui !
J ULE.
C’est dommage.
Boileau n’a point d’âme ;
EUPHRASIE
Et Racine ?
JULE.
Ah ! comme il parle au cœur !
Ses vers ont une grâce, un charme;... par malheur,
Il est faible en ses plans.
Aimes-tu mieux Voltaire ?
JULE.
Poëte inimitable, unique, un dieu sur terre :
Mais il rime très-mal, et toujours de l’esprit,
Et superficiel dans tout ce qu’il écrit.
EUPHRASIE
Le dieu sur terre?...
JULE.
Oh! moi, librement je m’exprime.
OLIVIER
Tu ne nous parles point de Corneille ?
JULE.
Sublime !
C’est le père, en un mot..., mais il a bien vieilli ; C’est comme ton Molière, il tombe dans l’oubli.
OLIVIER
Mais tous ces grands auteurs que d’abord tu nous vantes Sont réduits presqu’à rien par tes notes savantes.
JULE.
On a le droit d’avoir un avis.
OLIVIER
Pourquoi pas ?
OLIVIER
Moi? rien.
Me nîrais-tu?...