‹ [Œuvres choisies]Chapitre 198 sur 558 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

SI

Il recule.

JULE, à Euphrasie.

D’honneur! à chaque pas,

EUPHRASIE

Il te craint. Moi, j’attends qu’il te dise :

« Mon ami, permettez d’abord qu’on vous instruise « Pendant six mois ; après nous pourrons disputer. »

JULE.

Ah! je sens l’épigramme.

EUPHRASIE

Eh! mais sans plaisanter.

Mon frère, est-ce qu’on peut deviner la science?

Le goût même a besoin de temps, de patience. Aurait-on tout l’esprit... que Jule peut avoir,

Il me semble qu’on doit se piquer de savoir Les choses seulement que l’on a bien apprises.

Je l’ai cru jusqu’ici.

JULE.

Bah! préjugés! sottises i Pauvre jeunesse! ainsi, jadis on l’accablait;

Même encore du temps d’Olivier, il fallait,

Pendant dix ans et plus, essuyer au collège,

Des auteurs, des pédants, le barbare cortège;

Et du fond de cet antre on sortait pâle et sec,

Bien chargé, bien nourri de latin et de grec :

On eût de Démosthène expliqué la harangue,

Mais on ne savait pas un seul mot de sa langue.

Et tenez, en deux ans, moi, j’en ai plus appris,

En observant le monde, en courant dans Paris, Qu’Obvier dans ses cours, dans ses classes, ses livres...

EUPHRASIE

Bon Dieu! de quel fardeau, mon ami, tu délivres Les enfants de nos jours!...

JULE.

Mais ceux des jours passés, Avec tout leur savoir, sont-ils plus avancés? Savent-ils mieux juger d’une pièce nouvelle,

Ordonner une fête, ou charmer une belle ?

Ont-ils dans l’entretien plus de tact, plus de se!,

Plus de grâce, eu un mot, et d’esprit naturel?

(A Olivier.)

Monsieur l’auteur, ici, voyons, qu’allez-vous dire?

OLIVIER

Moi? je me garde bien de dire un mot; j’admire.

Je sens que pour s’instruire, il n’était pas besoin De tant se fatiguer, de prendre tant de soin ;

Oh ! non, je reconnais, que ces longues études N’étaient que sot ennui, que tristes habitudes ;

Je vois qu’à moins de frais il est de beaux esprits,

Et même des savants, qui, n’ayant rien appris, N'ignorent nulle chose et, des heures entières,

Vont parler, disputer, sur toutes les matières,

Sur des points de science, en affaire de goût ;

Dans le monde, au spectacle, en famille, partout, S’érigent en censeurs, en arbitres suprêmes,

Et toujours, en un mot, sont très-contents d’eux-mêmes.

JULE.

Mais Olivier s’avise aussi de persifler 1

EUPHRASIE

Gomme un autre, en effet, s’il voulait s’en mêler...

JULE.

Son discours ironique est le plus fin du monde,

Mais ne répond à rien.

OLIVIER, un peu animé.

Que veux-tu qu’on réponde?

On est tout confondu d’un ton si décidé.

Tu sais tout, à t’entendre ; et monsieur de Naudé Me disait même hier : « Que de choses j’ignore!

« Mon ami, je vieillis, en m’instruisant encore. »

JULE.

Oui ! c’est édifiant.

o LIVIER.

« J’admire, ajoutait-il,

« Et l’air de confiance, et l’éternel babil,

« De ces messieurs, à peine échappés de l’enfance « (Car ils ont, d’un seul pas, franchi l’adolescence.)

« Ils semblent tout savoir, à leur ton, leur maintien : « Mais ils ne savent rien, n’apprendront jamais rien,

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