EUPHRASIE, M. DE NAUDÉ, OLIVIER
M. DE NAUDÉ
Je vous trouve tous deux; doux spectacle pour moi !
Pour ta chère cousine, avec plaisir je voi
Ton tendre attachement, les soins que tu lui donnes.
OLIVIER
J’ai bien peu de mérite...
M. DE NAUDÉ
Oui: les jeunes personnes Ont à leurs bons cousins quelqu’obligation Pour l’agrément, ainsi que pour l’instruction.
Elles pourraient trouver tout cela chez leurs frères; Mais d’elles quelquefois ils ne s’occupent guères ;
Je parle en général: les soins d’un étranger,
Moins commodes, souvent ne sont pas sans danger; Le cousin tient des deux et d’abord intéresse;
Il inspire à la fois confiance et tendresse ;
A sa cousine aussi, sans en être amoureux,
Il désire de plaire ; il s’établit entre eux Un commerce innocent et de jeux et d’études, D’espérances, de vœux, même d’inquiétudes,
D’où naissent pour toujours ces touchants souvenirs Des travaux les plus doux et des premiers plaisirs.
EUPHRASIE, à part.
Hélas ! oui.
M. DE NAUDÉ
Moi, surtout, juge si j’apprécie Tes sentimens, si purs pour l’aimable Euphrasieî Car tu sais l’intérêt que j’y prends... sûrement,
On l’aura fait l’aveu du tendre sentiment...
EUPHRASIE
Non, je n'ai pas encore...
M. DE NAUDÉ, à Euphrasie, en souriant.
Avouez que vous-même.
Vous avez oublié déjà que je vous aime.
(A Olivier.)
Oui, mon ami, je l’aime, et de ma passion J’ai fait ouvertement la déclaration.
OLIVIER
Quoi! monsieur, vous avez?...
Tu vois qu’à tant de charmes, A tout âge, Olivier, il faut rendre les armes,
Je me croyais sauvé, mais...
OLIVIER, à Euphrasie, avec un peu de chagrin.
Vous n’en disiez rien.