‹ [Œuvres choisies]Chapitre 207 sur 558 · ACTE II, SCENE XI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE XI

Sans principes surtout, sans mœurs...

OLIVIER

Il est certain...

M. DE NAUD É.

Tranchons le mot : Lorsan est un franc libertin.

Et tiens,... car avec toi je n’ai point de mystère, J’apprends à l’instant même une fâcheuse affaire,

Où Lorsan joue un rôle... oh ! mais des plus vilains ; Il s’agit d’une femme, hélas ! qu’au fond je plains ; Car d’un moment d’erreur elle est trop bien punie ; C’était peu de l’avoir indignement trahie ;

Il a fait à plaisir un éclat scandaleux,

S’est hautement vanté... Les parents furieux Ont de l’époux absent embrassé la querelle ;

Pour l’apaiser, dit-on, l’autorité s’en mêle ;

Mais je ne sais encor les détails qu’à demi ;

De tous ces braves gens je suis l’ancien ami,

Et j’espère calmer leur trop juste colère.

OLIVIER

Et voilà l’homme, ô ciel ! qui se flatte de plaire !

M. DE NAUDÉ

Mais en effet, tu vois quel époux ce serait,

Qu’un homme tout ensemble immoral, indiscret,

Qui séduit une femme, et sans pudeur l’affiche, N’aspire à celle-ci que parce qu’elle est riche,

Et de cette famille eût détruit le bonheur !

OLIVIER

Vous me faites trembler.

M. DE NAUDÉ

Tel est, sur mon honneur, Mon vrai but, Olivier, le dessein qui m’anime.

Je désire en ce jour sauver une victime.

Voilà bien votre cœur et votre loyauté,

Généreux... I

M. DE NAUDÉ

Parle moins de générosité.

Mon motif est loyal, mais n’a rien d’admirable ; Franchement, Euphrasie est tout à fait aimable ;

Je l’aime, et je sens bien, soyons de bonne foi,

Qn’en voulant son bonheur, je travaille pour moi.

Tu vois que ma démarche est assez naturelle.

OLIVIER, s’animant par degrés.

Ah ! sans doute, les vœux que vous formez pour elle Sont ceux que tout le monde eût faits au fond du cœur. Qui n’a point en secret admiré sa candeur,

Ses vertus, son esprit délicat, raisonnable,

Sa grâce enchanteresse, et sa sagesse aimable.

Cet enjoûment si pur, cette naïveté

Jointe aux plus grands talents, et surtout sa bonté?

M. DE N AUDE

Ce portrait est fidèle ; il m’excite, il m’enflamme ;

J’en sens mieux mon bonheur ; ô d’une telle femme Heureux l’époux, heureux qui peut la mériter !

Ce sera vous, monsieur.

M. DE NA U DÉ

Je n’ose m’en flatter.

Je ne m’aveugle point; je sais quel est mon âge.

Il est vrai qu’Euphrasie est raisonnable et sage ;

Et peut-être mes soins, délicats, complaisants,

Me feront pardonner mes soixante-deux ans.

Olivier, le crois-tu? dis-le-moi, sois sincère.

OLIVIER

Vous lui rendez justice ; oui, votre caractère,

Vos vertus toucheront un aussi noble cœur ;

Et vous serez heureux en faisant son bonheur.

M. DE NAUDÉ

Cher Olivier! pour toi cette bonne Euphrasie Sera ce que je suis, une sincère amie :

Tu l’aimeras aussi? promets-le moi.

OLIVIER, troublé.

Monsieur,...

Oui, je la chérirai comme ma propre sœur.

M. DE NAUDÉ

Fort bien.

J’aurai pour elle une tendresse pure.

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