‹ [Œuvres choisies]Chapitre 213 sur 558 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

M. DE NAUDÉ

Oui, j'en ai fait l’aveu, Hautement; vous devez en savoir quelque chose.

JULIE

Et vous m’en voudriez dire un mot, je suppose?

M. DE NAUDÉ

J’en parle avec plaisir.

JULIE

Sans doute on vous a dit Que sur ce jeune cœur j’ai bien quelque crédit ; Que. ..

M. DE NAUDÉ

Cela va sans dire; à la fois douce et vive, Vous devez, je le vois, être persuasive.

JULIE

(A port.)

Vous me flattez. Fort bien.

M. DE NAUDÉ

Mais il n’est pas ici

Besoin de longs détours, de tant d’adresse; aussi, Je ne compte employer que ma vieille franchise.

JULIE

C’est la bonne. Mais, quoi! s’il faut que je le dise, De ma jeune maîtresse, au moins jusqu’à ce jour, Le cœur fut insensible et rebelle à l’amour.

M. DE NAUDÉ

On pourra l’attendrir.

JULI E

J’aurais peine à le croire :

Elle est si fière !

M. DE NAUDÉ

Alors, j’en aurai plus de gloire.

JULIE

Ah! ah! vous espérez vaincre cette froideur?

Les obstacles toujours redoublent mon ardeur.

JULIE

Vraiment ? je vous admire.

M. DE NAUDÉ

Oh ! je suis téméraire.

JULIE

Peut-être ignorez-vous qu’il est un adversaire...

t M. DE NAUDÉ.

Un adversaire ? eh ! mais, n’en est-il qu’un ?

JULIE

Pas mal !

M. DE NAUDÉ

Oui, mon enfant, pour moi c’est trop peu d’un rival. Trop peu de deux amants pour la belle Euphrasie.

JULIE

Ce Lorsan ne vous cause aucune jalousie ?

M. DE NAUDÉ

Il ne me fait pas peur.

JULIE

Il est pourtant, je croi,

Un peu plus jeune.,.

M. DE NAUDÉ

Il a trente ans de moins que moi, Je le sais ; mais je sais à quel cœur je m’adresse :

S’il a plus d’agréments, j’aurai plus de tendresse.

JULIE

Je ne vous nîrai pas qu’il est vif et pressant;

Qu’il m’a sollicitée ; il est intéressant.

M. DE NAUDÉ

Oui, pour lui, je vois bien, que votre zèle penche.

JULIE

Il est certain... Monsieur, tenez, moi, je suis franche : Malgré mille agréments qui préviennent pour lui,

Il ne néglige rien pour gagner mon appui;

Il m’a ce matin même, oh ! promis... l’impossible; Mais à l’intérêt, moi, je suis si peu sensible !

Je servirais bien mieux par amitié, de cœur,

Ungalant homme... un homme... oui, tel que vous, mon- C’est qu’obliger, alors, est une jouissance, [sieur : Qui pourrait dispenser de la reconnaissance.

M. DE NAUDÉ

; Croyez-vous que je fusse homme à m’en dispenser?

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