ACTE III, SCÈNE III
M. DE NAUDÉ
Oui, j'en ai fait l’aveu, Hautement; vous devez en savoir quelque chose.
JULIE
Et vous m’en voudriez dire un mot, je suppose?
M. DE NAUDÉ
J’en parle avec plaisir.
JULIE
Sans doute on vous a dit Que sur ce jeune cœur j’ai bien quelque crédit ; Que. ..
M. DE NAUDÉ
Cela va sans dire; à la fois douce et vive, Vous devez, je le vois, être persuasive.
JULIE
(A port.)
Vous me flattez. Fort bien.
M. DE NAUDÉ
Mais il n’est pas ici
Besoin de longs détours, de tant d’adresse; aussi, Je ne compte employer que ma vieille franchise.
JULIE
C’est la bonne. Mais, quoi! s’il faut que je le dise, De ma jeune maîtresse, au moins jusqu’à ce jour, Le cœur fut insensible et rebelle à l’amour.
M. DE NAUDÉ
On pourra l’attendrir.
JULI E
J’aurais peine à le croire :
Elle est si fière !
M. DE NAUDÉ
Alors, j’en aurai plus de gloire.
JULIE
Ah! ah! vous espérez vaincre cette froideur?
Les obstacles toujours redoublent mon ardeur.
JULIE
Vraiment ? je vous admire.
M. DE NAUDÉ
Oh ! je suis téméraire.
JULIE
Peut-être ignorez-vous qu’il est un adversaire...
t M. DE NAUDÉ.
Un adversaire ? eh ! mais, n’en est-il qu’un ?
JULIE
Pas mal !
M. DE NAUDÉ
Oui, mon enfant, pour moi c’est trop peu d’un rival. Trop peu de deux amants pour la belle Euphrasie.
JULIE
Ce Lorsan ne vous cause aucune jalousie ?
M. DE NAUDÉ
Il ne me fait pas peur.
JULIE
Il est pourtant, je croi,
Un peu plus jeune.,.
M. DE NAUDÉ
Il a trente ans de moins que moi, Je le sais ; mais je sais à quel cœur je m’adresse :
S’il a plus d’agréments, j’aurai plus de tendresse.
JULIE
Je ne vous nîrai pas qu’il est vif et pressant;
Qu’il m’a sollicitée ; il est intéressant.
M. DE NAUDÉ
Oui, pour lui, je vois bien, que votre zèle penche.
JULIE
Il est certain... Monsieur, tenez, moi, je suis franche : Malgré mille agréments qui préviennent pour lui,
Il ne néglige rien pour gagner mon appui;
Il m’a ce matin même, oh ! promis... l’impossible; Mais à l’intérêt, moi, je suis si peu sensible !
Je servirais bien mieux par amitié, de cœur,
Ungalant homme... un homme... oui, tel que vous, mon- C’est qu’obliger, alors, est une jouissance, [sieur : Qui pourrait dispenser de la reconnaissance.
M. DE NAUDÉ
; Croyez-vous que je fusse homme à m’en dispenser?