‹ [Œuvres choisies]Chapitre 217 sur 558 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

Je n'aurais pas cessé d'aimer en un instant.

LORS A N

Eh ! mais, vous badinez : car il n’est pas possible...

M. DE NAUDÉ

Pas possible, monsieur, qu’un vieillard soit sensible ?

LORSAN.

Qu’une belle vous charme, eh ! oui, je le conçoi;

Mais, en être amoureux!... amoureux comme moi!...

M. DE NAUDÉ

Ce n’est pas comme vous ; vous l’avez dit vous-même.

LORSAN.

J’entends bien; je veux dire, aimer.. là., comme on aime.

C’est à l’âge que j’ai, qu’on aime tout de bon.

LORSAN.

Pouvez-vous espérer de plaire ?

M. DE NAUDÉ

Pourquoi non ?

Les femmes, vous savez, ont parfois tel caprice ;

J’en pourrais profiter.

LORSAN.

Vous leur rendez justice :

Elles ont sûrement leurs caprices, mais quoi ?

Elles compareront; alors, dispensez-moi...

M. DE NAUDÉ

J’entends, je perdrais tout sans doute au parallèle ;

Je sais trop bien, monsieur, qu’entre nous une belle Ne balancera pas, pour peu qu’elle ait des yeux.

LORSAN.

Notre Euphrasie en a.

M. DE NAUDÉ

Mais, si je l’aimais mieux !...

Puis, je veux scn bonheur.

LORSAN.

Yolre âme est généreuse.

Une femme avec vous doit être plus heureuse.

Peut-être, grâce à moi.

LORSAN.

Bien ! j’ignore entre nous, Pour moi, si je dois être un excellent époux :

C’est un état nouveau, celui des bonnes âmes.

Mais en amour, je crois avoir de quelques femmes, Soit dit sans vanité, su faire le bonheur ;

Car en épousant, moi, je m’immole, d’honneur!

M. DE NAUDÉ

Le bonheur, dites-vous ? ah! ce mot me rappelle Une affaire, Monsieur, qui vous touche.

LORSAN.

Laquelle?

M. DE NAUDÉ

J’ai lieu d’être surpris qu’ainsi vous l’oubliez !

(Lorsan sourit.)

Une femme en secret gémit... Vous souriez ?

LORSAN.

Oui, je vois à présent ce que vous voulez dire

M. DE NAUDÉ

Vous vous en souvenez, et vous pouvez en rire ! Monsieur, si c’est pour vous un jeu d’avoir trahi, Déshonoré l’objet qui vous a trop chéri ;

Songez du moins, songez aux suites sérieuses...

LORSAN.

Oh ! les suites, je crois, en sont peu dangereuses.

M. DE NAUDÉ

Voilà ce qui vous trompe : apprenez donc de moi Qu’en ce moment...

LORSAN, avec légèreté.

On vient; c’est Olivier, je croi.

M. DE NAUDÉ

Je me vois à regret obligé de suspendre Ce sujet important. Nous saurons le reprendre.

LORSAN.

(A part.)

A vos ordres, monsieur. Eh! mais, à quel propos Vient-il?

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