ACTE IV, SCÈNE II
MERVILLE
Des nouvelles?
MADAME MERVILLE
Eh ! oui, parlez, quelles sont-elles?
EUPHRASIE
Personne n’est blessé ?
JULE.
Mais nous n’en savons rien.
MADAME MERVILLE
Comment?
MERVILLE
Vous nous croyez témoins ?
MADAME MERVILLE
Sans doute : eh bien?
MERVILLE
Eh bien, Jule ni moi, de toute cette affaire Ne sommes pas instruits mieux que vous.
Non, ma mère;
On s’est fort poliment débarrassé de nous.
MADAME MERVILLE
Que veut dire cela ?
EUPHRASIE
De grâce, expliquez-vous.
MERVILLE
Le récit sera court. A peine dans la rue,
Où chacun, Lorsan même, a l’âme assez cmue, Monsieur de Naudé, seul, tranquille, mais rêveur, S’arrête, et tous les deux nous prie, avec douceur,
De les laisser ; j’insiste : « Ah! c’en est trop. j’espère, » Nous dit-il (mais d’un ton ferme et presque sévère),
« Que vous épargnerez d’inutiles efforts ,
« Il faut qu’avec monsieur je reste seul. » Alors,
Sans nous entendre, il prend un carrosse de place,
Y monte avec Lorsan, nous salue avec grâce,
Et dans l’instant s’éloigne en nous laissant fort sots, Mon frère et moi : voilà notre histoire en deux mot£
MADAME MERVILLE
Cet air mystérieux est extraordinaire.
De monsieur de Naudé c’est bien le caractère.
j u LE.
Mais je ne sais pas, moi, ce que Lorsan avait : lime semblait ému, troublé, même inquiet.
On a le cœur plus ferme en rencontre pareille •
Puis monsieur de Naudé lui disait à l’oreille Des mots qui le frappaient.
MER VILLE
Moi, j’ai cru voir aussi, Qu’à l’oreille, de même, il lui parlait ici.
MADAME MERVILLE
Mais je n’y comprends rien.
JULE.
Au fond, Lorsan est brave; Mais il a sur le corps une affaire assez grave.
MERVILLE
(Bas à Julie.) (Haut.)
Allons donc! étourdi! Non, ce n’est rien, d’ailleurs... Tout est fini.
JULE.
Sans doute, et j'oubliais...
MADAME MERVILLE
Messieurs,
Vos discours, franchement, ne me rassurent guères.
M ERVILLE.
Après tout, c’est le sort.
JULE.
C’est tout simple
EUPHRASIE
Ah! mes frères!...