ACTE V, SCÈNE V
M. DE N AUDE
Eh bien donc ! ouvrez-moi votre cœur.
Le mien vous est connu : dès longtemps je vous aime; Et vous?... car je ne veux vous devoir qu’à vous-même. : Si je ne suis aimé, je sens que ce lien Ferait votre malheur, par conséquent le mien.
Parlez donc franchement; seriez-vous disposée A me chérir un peu?
EUPHRASIE
Cette tache est aisée :
Je vous chéris, sans doute, et du fond de mon cœur.
Oui, mais expliquons-nous; car souvent le malheur Fut d’avoir employé tel mot au lieu d’un autre.
Le sentiment qu’ici j’exprime est-il le vôtre? M’aimeriez-vous enfin..., comme on aime un époux? Trop indiscret, je crains de vous blesser...
EUPHRASIE
Qui? vous.
Monsieur? de votre part rien n’afflige et ne blesse.
Ah ! c’est à vous plutôt d’excuser ma faiblesse,
Ma timidité même.
M. DE NAUDÉ
Un autre aveu... pardon, Répondez-moi... Lorsan, vous plairait-il?
EUPHRASIE
Oh ! non.
11 peut briller ailleurs, même y paraître aimable :
Moi, je n’accepterai qu’un époux estimable.
M. DE NAUDÉ
Si vous saviez combien ces mots me font plaisir! Alors, entre nous deux, s’il vous fallait choisir.. .
EUPHR ASIE.
A tous les deux croyez que je rends bien justice.
M. DE NAUDÉ
Mais... si je vais trop loin qu’un regard m’avertisse. Quoi qu’il soit toujours doux de se voir préféré.,
Pose croire, à Lorsan quand je suis comparé,
Que peut-être je suis plus digne d’Euphrasie,
Parce qu’au moins mon âme un peu mieux l’apprécie. Mais... s’il était quelqu’un, soyons de bonne foi, Que... vous préférassiez à Lorsan comme à moi?
EUPHRASIE
Monsieur...
M. DE NAUDÉ
En est-ce trop que de vous je réclame? Aurais-je deviné le secret de votre âme ?
Parlez, de grâce.
EUPHRASIE
Hélas !
M. DE NAUDÉ
Eh ! quoi, vous soupirez ?
EUPHRASIE
Cher, respectable ami !
M. DE NAUDÉ
Pauvre enfant! vous pleurez!
Que vous m’attendrissez ! allons, soyez bien franche; Qu’au sein d’un vieil ami votre secret s’épanche :
J’en suis digne, peut-être, et bien fait pour sentir Les peines de votre âme et pour y compatir.
EUPHRASIE
O monsieur!,..
M. DE NAUDÉ
N’est-ce pas qu’il existe unjeune homme Noble, sensible ?
EUPR ASIE.
Àh ! Dieu !
M. DE NAUDÉ
Faut-il que je le nomme ?
EUPHRASIE
Non, par pitié.
M. DE NAUDÉ
Qui? moi, je pourrais envier, Disputer le bonheur à mon cher Olivier ?
EUPHRASIE
Ah !...
M. DE NAUDÉ
Le voilà nommé ; respirez, Euphrasio :