‹ [Œuvres choisies]Chapitre 246 sur 558 · ACTE V, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VII

J U LE

Elle est toute saisie.

LORSAN.

En effet, moi, j’admire un triomphe si prompt.

M. DE NAUDÉ

Oui, je me suis hâté. Ces messieurs vous diront Que l’on ne doit pas perdre un instant à mon âge. Daignerez- vous ici joindre votre suffrage,

Madame, au doux aveu que je viens d’obtenir?

MADAME MERVILLE

Monsieur, un tel hommage, il faut en convenir,

Me flatte; et si ma fille y répond...

EU PH R ASIE

Ah! ma mère !

MERVILLE

Elle rougit, se tait, c’est consentir.

M. DE NAUDÉ

J’espère

Que des frères j’aurai l’agrément.

MERVILLE

Mais... monsieur...

Il faut bien...

j u LE.

Consentons, comme a fait notre sœur, En nous taisant.

LORSAN.

Ainsi la fortune l’emporte.

M. DE NAUDÉ

L’un venait la chercher, et l’autre... mais n’importe. Or, de l’aveu de tous, puisque je suis heureux,

Je m’explique : à tout âge on peut être amoureux ; fiais à tout âge il faut sauver le ridicule ; d’en serait un, je crois, qu’un vieillard vain, crédule, A soixante-deux ans, se crût aimé d’amour;

Mais ce serait un tort, s’il venait en ce jour,

Par ses prétentions, troubler l’intelligence De deux cœurs assortis qui brûlent en silence.

Aussi, je le déclare, amis, de bonne foi :

J’ai fait ici ma cour, mais ce n'est pas pour moi.

LES DEUX FRÈRES

MADAME MERVILLE

Gomment ?

M. DE NAUDÉ, à madame Meryille, d’un ton plus solennel.

Permettez : mes mœurs, mon caractère, Mon crédit, ma richesse, et surtout un douaire,

Qu’ici je porterais à deux cent mille francs. Pourraient bien rapprocher nos âges différents ;

Mais les mœurs, le crédit, la fortune et la somme, Vaudront encore mieux offerts par un jeune homme. Madame, au lieu de moi, j’ose donc vous prier De vouloir bien pour gendre accepter Olivier.

OLIVIER

Ciel!

MERVILLE

Qu’entends-je?

MADAME MERVILLE

Olivier?

LORSÀN.

Quoi 1 le cousin !

M. DE NAUDÉ

Lui-même.

Que vous avais-je dit?

Il l’adore, elle l’aime,

Et, j’en répondrais bien, lui devra le bonheur ;

Un tel gendre, lui seul, ne peut que faire honneur : Mais j’adopte Olivier ; et son ami, son père, N’essuiera point de vous un refus, je l’espère.

OLIVIER

Madame, un tel ami, du précieux trésor

Qu’il demande pour moi serait plus digne encor..

M. DE NAUDÉ

Non, ne le croyez pas.

MADAME MERVILLE

Puisqu’il plait à ma fille, Qu’après tout, il était déjà de la famille...

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