L- OPTIMISTE
MADAME DE ROSELLE
C’est donc là le moyen de vous faire parler?
J’en étais sûre.
M. BELFORT
Ah Dieu ! vous me faites trembler.
Ce secret qu’en mon cœur vous venez de surprendre, Gardez-le-moi du moins. Je vais tout vous apprendre, Madame; vos bontés ont su m’encourager.
Vous lirez dans mon cœur, et vous m'allez juger.
Vos conseils guideront mon inexpérience,
Ne vous offensez pas de tant de confiance.
MADAME DE ROSELLE
M’en offenser, monsieur, moi qui veux l’obtenir? Non, en me l’accordant, vous me ferez plaisir.
Mais quoi ! si vous voulez qu’en ceci je vous serve,
Il faudra me parler franchement, sans réserve.
On vous nomme ?
M. BELFORT
Dormeuil.
MADAME DE ROSELLE
Dormeuil ! Eh ! mais je crois Que nous avons beaucoup de Dormeuil en Artois.
M. BELFORT
J’en suis.
MADAME DE ROSELLE
Bon I en ce cas je connais votre père.
Je l’ai vu fort souvent. C’est un bon militaire,
Fort estimé, rempli de courage et d’honneur :
Mais il aime le jeu, dit-on, à la fureur;
Et cette passion, aujourd’hui trop commune,
A dérangé, je crois, tout à fait sa fortune.
M. BELFORT
Il est vrai : vous savez d’où vient tout mon malheur* Un père que j’adore, en est le seul auteur.
Je sais qu’il m’aime, au fond, et je lui rends justice* Il m’avait, jeune encor, fait entrer au service :
Mais, privé de secours, y pouvais-je rester?
Manquant de tout, madame, il m’a fallu quitter.
J’ai fui. J’ai cru devoir, honteux de ma misère,